jeudi, février 02, 2012

Poutine Continue la Guerre Froide en Syrie


La Russie garde précieusement l’héritage diplomatique qui lui vient de l'ex Union Soviétique au Moyen Orient.
Une diplomatie en apparence momifiée, mais qui préserve les intérêts mis à mal de l'internationale des autocrates

Alors que l'Amérique s'est retirée d'Irak, le "camp de la paix" qui s'était opposé à la guerre contre Saddam Hussein, la France, l'Allemagne, la Chine et la Russie est disloqué
Fouad Ajami, fin connaisseur du monde Arabe qui avait livré il y a peu une remarquable analyse de la chute de Moubarak, analyse maintenant la stratégie Poutinienne.



La dernière bataille de la Guerre froide Par Fouad Ajami

"Vladimir Poutine se tient aux côté de son collègue autocrate Bachar el-Assad, de peur que les Russes ne tournent leurs esprits vers la démocratie.

Afghanistan était jadis considéré comme la dernière bataille de la Guerre froide. Mais cette désignation doit être accordée à la lutte en cours en Syrie.

L'ancien dictateur Hafez El-Assad a construit son régime tyrannique à l'image de la défunte Union Soviétique. Il a usurpé le pouvoir dans son propre pays il y a quatre décennies, lorsque la puissance de l'URSS était ascendante. Ses armées et ses usines ont été baties dans le moule soviétique, comme l'étaient ses services de renseignement. Le traité de fraternité, de coopération et de coordination qu’Hafez El-Assad a imposé au malheureux Liban en 1991 tenait beaucoup du Pacte de Varsovie.


L'histoire n'a pas beaucoup changé: Maintenant le fils de Hafez, Bachar engagé dans une grande bataille pour défendre le legs de son père, trouve à ses côtés, l’autocratie russe  de Vladimir Poutine. L'empire soviétique est tombé, mais là sur la côte méditerranéenne, la tyrannie syrienne, confère à la Russie l’ ancien sentiment, d’être toujours une grande puissance.
Famille massacrée à Homs


Maintes et maintes fois aux Nations Unies, Moscou a déclaré que la souveraineté du régime d'Assad était une «ligne rouge» et a déclaré qu'il mettrait son veto à toute résolution du Conseil de sécurité qui mettrait cette souveraineté en péril.
Certes, Pékin a aussi suivi la même voie, car la Chine revendique avec ferveur la jouissance revendications sans entrave de sa souveraineté nationale, en gardant un oeil sur le  Tibet. Mais la Chine a des intérêts dérisoires à Damas, et les Etats pétroliers arabes se sont récemment efforcés de gagner Pékin à la cause du changement de régime en Syrie en offrant des garanties d'approvisionnement en pétrole et des incitations dans le secteur de l'énergie.

Pas de chance la Fédération de Russie dispose déjà d'énormes réserves de pétrole et de gaz.

Poutine est impliqué en Syrie, ainsi qu’avec d'autres dictateurs de la région. Il y a ici des enjeux philosophiques et idéologiques à l'œuvre. Poutine a utilisé la manne des recettes pétrolières et de gaz pour une bonne décennie, afin d’acheter les classes moyennes, tranquillisant son pays, et justifiant son autoritarisme, comme le prix de la restauration de la grandeur et la puissance de la Russie à l'étranger.
Mais les classes moyennes se retournent contre lui. Et certains de ses anciens partisans se sont lassés de son état mafia, sa criminalité endémique et le copinage. Et donc quand les Russes ont envahi les rues pour protester contre les élections truquées à la Douma du 4 décembre, la réponse de Poutine à la fureur était identique à celle des dirigeants arabes face aux manifestants du printemps arabe.


Il y a quelque chose de familier et répétitif à propos de la paranoïa de Poutine, son point de vue sombre du monde, son insistance que les protestations des russes étaient inspirées par des conspirateurs étrangers. La campagne de dénigrement menée contre l'ambassadeur américain Michael McFaul soi-disant envoyé en Russie pour renverser le système politique. Tout cela offre une ressemblance frappante avec la charge du pouvoir Syrien accusant l'ambassadeur américain Robert Ford de nourrir les flammes de la révolte syrienne.

Le soleil s'est couché sur l'empire soviétique, mais Poutine monte la garde, avec sa propre «philosophie», celle de l’ordre garanti par un homme fort. La Russie est restée les bras croisés quand chutaient des tyrans tels que le Tunisien Zine El Abidine Ben Ali et  l’Egyptien Hosni Moubarak. Sur le cas libyen elle s’est départie de sa ligne au Conseil de sécurité de l'ONU, et son abstention a donné au démocraties occidentales un mandat qui a permis de déloger Mouammar Kadhafi.
Pour la Russie ce fut une erreur,que la situation syrienne lui offre une chance de corriger.

Pour Sergueï Lavrov, (ci-dessous) ministre des Affaires étrangères Russe, le feu vert donné pour protéger les civils libyens a été transformé en un mandat pour un changement de régime. Lavrov insiste qu'il ne saurait y avoir en Syrie, aucune répétition de la Libye.


Tandis que les démocraties sont en colère,  les gardiens du pouvoir en Russie s’efforcent de  dessiner une ligne de défense des autocraties. L’'histoire Russe alterne de longues périodes de calme avec des rébellions soudaine et  l'autocratie Poutinienne ne veut prendre aucun risque.

La Syrie nourrit aussi  une autre obsession russe: l'Islam. Si les Chinois voient le Tibet partout, les Russes font une fixation sur la Tchétchénie. Dans l'enfer Syrien, les Russes voient une tyrannie séculaire en guerre avec les islamistes radicaux, et en conséquence trouvent en Syrie un reflet d'eux-mêmes.

Les dirigeants de Damas ont insisté sur le fait que leur régime est aux prises avec des terroristes religieux qui veulent  briser la paix des minorités, les Alaouites, les Chrétiens, les Druzes, les Ismaéliens. L'administration Obama avait déjà souscrit à ce point de vue, mais a du l'abandonner, comme l'ont fait les Européens. La Russie reste récalcitrante et convaincue de discerner dans l’impasse Syrienne un affrontement entre un régime en place et des islamistes radicaux.


Base Russe de Tartous
D’anciennes considérations militaires perdurent également  La Syrie offre à la Russie l’avantage d'une base navale à Tartous sur la côte méditerranéenne, une ville située dans le pays alaouite, la minorité au pouvoir. La base est mal entretenue, mais c'est mieux que rien, un atout dans le bras de fer avec les Etats-Unis. C'est un jeu impérial minable mais les Russes ont tenu le mois dernier à ce que leur porte-avion, l'amiral Kuznetsov, (ci-dessus) fasse vapeur vers Tartous depuis sa base Arctique.
Les puissance de l'OTAN, le voisin Turc inclus, n'ont pas été très cohérents face à cette crise syrienne. Ils montrent peu d’envie pour une offensive militaire qui renverserait la dictature syrienne.

Le  président américain fier d'avoir clos l’engagement en Irak n'est pas pressé d’initier sa propre guerre en terres Arabes. Les Nations Unies n'offre aucune issue, et la Russie n'est pas le seul obstacle.

Les puissances «émergentes», l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud, ont démontré leur  propre stupidité morale en prenant parti pour le régime brutal de Damas. Les appels les plus désespérés entendus à Homs en faveur d’une aide internationale, comme hier en Libye, restent sans réponse. La situation sera décidé sur le terrain. Tant le régime que ses opposants, lesquels ont déjà payé si cher dans cette lutte cruelle font le pari que le temps est de leur côté
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