vendredi, juin 05, 2009

Sur la place de Tien An Men, le 4 Juin 1989

4 juin 2009, place Tien An Men, circulez, il n'y a rien à voir!

Il y a 20 ans les étudiants et les manifestants de Tien An Men étaient massacrés par le pouvoir communiste.
Le fantôme des morts de 1989 hante périodiquement les lieux et la mémoire.
20 ans, c’est assez pour rentrer dans l’Histoire et en même temps continuer à terrifier les caciques du parti qui ont interdit ce 4 juin, tout accès à la place.


L’écrasement du mouvement, concomitant avec la libération des peuples Européens qui eux réussirent à faire tomber le communisme, fut une défaite considérable de la Liberté, tout simplement parce que la Chine est le plus grand pays du monde.

Sans doute ne l’avons nous pas compris alors, tant nous étions tournés vers l’espoir qui se levait à l’est de l’Europe.

Aujourd’hui encore tandis que le Parti Communiste Chinois emploie l’expression "les incidents de Tien An Men", (et le moins souvent possible). En Europe nous parlons des « évènements ». Les évènements sont bien plus que des incidents et parfois nous rappelons qu’il s’agit du massacre de Tien An Men dont le nombre de victimes demeure inconnu. 700, 1000, 2000, beaucoup plus en tout cas que le chiffre gouvernemental de 200.

Rarement nous employons l’expression de « soulèvement ». Or pour pacifique que furent les manifestants, leur nombre, leur détermination, le soutien de la population des villes, les reculs un mois durant du pouvoir, montrent que le terme soulèvement, est bien celui qui convient. Tien An Men fut un soulèvement populaire contre la dictature communiste, une révolution inaboutie et non un simple mouvement estudiantin.

C’est le mérite de Claudia Rosett, journaliste exceptionnelle, de restituer par son témoignage, au soulèvement sa véritable identité.





Ce que j’ai vu à Tien An Men par Claudia Rosett


" La Chine sera un pays libre lorsqu’elle ne craindra plus la mémoire du 4 Juin 1989!

Il y a 20 ans, je courrai sous les balles traçantes, sur la place Tien an Men au petit matin du 4 juin pour être témoin des dernier moments du soulèvement au cours duquel des millions de Chinois au printemps de 1989 essayèrent pacifiquement de prendre le contrôle de leur capitale et demandèrent l’instauration de la démocratie.

Au cours d’une longue carrière de reporter, j’ai croisé des tanks et de la mitraille en d’autres lieux. Cependant aucun autre évènement ne fut aussi obsédant, profond et important que le soulèvement de Tien an Men. Aucun autre non plus ne fut un tel crève-cœur.

Tien An Men était et demeure important parce que le printemps 89 fut le seul moment, dans les 60 ans de l’histoire despotique de la République Populaire de Chine, où le peuple eut l’occasion de parler de débattre et de se rassembler librement..
Ce que des millions de Chinois firent de cette Liberté fut de demander pacifiquement que ces droits soient reconnus et établis. Ils demandaient la démocratie et défilaient sous des banderoles portant expressément ce mot.
Ils voulaient le droit de choisir librement leurs dirigeants et de les contrôler.

Lorsque le Premier Ministre Li Peng instaura la loi martiale le 19 mai, deux semaines avant le massacre, le peuple de Pékin érigea des barricades avec des autobus et des voitures et occupa les rues afin d’empêcher le déploiement des troupes.
Malicieusement ils installèrent des obstacles avec des charrettes et des plantes en pots.
Ils refusaient la violence et souhaitaient la Liberté.
Ce sont les termes mêmes d’un employé, représentant typique de ceux qui construisaient ces barricades, que j’interviewais alors : « Je crois que la chose la plus importante pour la Chine, c’est la démocratie et la Liberté. »

Et lorsque les dirigeants Chinois ordonnèrent finalement à l’armée d’ouvrir le feu, ces manifestants tentèrent désespérément de résister. Derrière moi ce matin du 4 juin alors que je courrai place Tien An Men se trouvai une foule immense, non d’étudiants mais de citoyens ordinaires, descendus dans les rues pour essayer d’empêcher les soldats d’atteindre la place.

Sur une des grandes avenues qui mènent à Tien An Men, j’ai vu la foule tenter, sous les balles des soldats, de mettre le feu aux barricades pour bloquer la troupe. Aujourd’hui encore nous ne savons pas combien sont morts à ce moment sur cette avenue.

Sur la place même au cours des dernières heures, j’ai vu plus de 10 000 soldats, soutenus par des véhicules blindés prendre positions sur trois côtés de cette immense esplanade. Alignés sur plusieurs rangs ils fermaient tous les accès et toutes les issues sauf vers le sud et tiraient de temps à autres sur le centre de la place.

C’est vers le sud de Tien An Men que les dirigeants du mouvement avaient installés quelques semaines auparavant leur « poste de commandement », un édifice ouvert, le Monument aux Héros du Peuple. C’est autour et sur ce monument, avec sa grande plate forme et ses longues marches, que des dizaines de manifestants se rassemblèrent, leurs banderoles flottant hautes sous la brise de l’aube face à l’armée qui les encerclaient.. Alors que je sortais mon appareil photo, certains ont souri et fait le signe qui avait été celui de leur mouvement, le V de la victoire.

A l’autre bout de la place, sur le côté nord, toujours là malgré la troupe, se trouvait la grande statue blanche de la Liberté, érigée par les manifestants cinq jours auparavant. Elle tenait sa torche des deux mains face à l’immense portrait de Mao Tsé Toung qui se trouve à l’entrée de l’ancienne Cité Interdite impériale.

Près de la statue que les dirigeants Chinois avaient décriée comme une « abomination », j’ai vu une poignée de jeunes docteurs affairés autour d’une tente médicale, se trouvant elle-même sur la ligne des tirs. Ils essayaient désespérément, leurs blouses maculées de sang, de soigner les blessés par balles. En une demie heure, j’ai pu voir sept blessés amenés à cette tente. Puis je suis partie, considérant que cela devenait trop dangereux. Juste avant j’avais demandé à un docteur s’il avait prévu que l’armée tirerait, et il m’a répondu « Bien sûr ! »

Depuis les hauts parleurs que les manifestants avaient installés sur le monument résonnaient les paroles de l’Internationale, l’hymne communiste qu’ils s’étaient ré appropriée. Mais d’immenses autres haut-parleurs installés par le gouvernement ceux-là donnaient une réponse officielle, « Si vous ne quittez pas la place, nous ne pouvons garantir votre sécurité ! », suivie de l’avertissement qu’ordre avait été donné à l’armée de vider la place à l’aube.


A 4 heures du matin, les lampadaires furent éteints. Dans la pénombre, des véhicules blindés s’ébranlèrent sur la place. Les manifestants ne reculèrent pas. A 5 heures les lampadaires furent rallumés, éclairant le dispositif des soldats, armes prêtes à tirer. A l’aube l’armée avait totalement cernée la place Tien An men et les rues avoisinantes.

Des renforts de chars roulaient vers le centre de Pékin. Les efforts du Parti Communiste pour liquider le mouvement de protestation redoublèrent d’intensité, avec des barrages de rues, des arrestations et ça et là dans la capitale des tirs d’armes à feu. La même chose se produisit dans toute la Chine.

Dans l’article que j’écrivis ce jour pour le Wall Street Journal, je conclus en écrivant que dès l’aube l’armée avait détruit la statue de la Liberté construite par les manifestants et que la place serait sans aucun doute dégagée et contrôlée par la police, prête à servir de nouveau les manifestations officielles du régime.
J’ajoutai qu’il serait à l’avenir important de se souvenir des héros de 1989, de ceux qui avaient défilé à Tien an Men en portant des banderoles demandant la démocratie. Ceux qui avaient crié si souvent, « Dites au monde ce que nous voulons. Dites la vérité sur la Chine ! »

Depuis le soulèvement de Tien an Men en 1989, les dirigeants chinois ont assoupli suffisamment les structures économiques permettant une remarquable croissance, qui témoigne du dynamisme du peuple Chinois.
De cette croissance, les chefs du régime ont tirés des moyens formidables et les ont dédiés à des projets pouvant montrer qu’ils dirigent une nation moderne qui envoie des astronautes dans l’espace, organise des conférences sur le climat et les Jeux Olympiques de 2008.

Je ne fais pas partie de ceux que cela impressionne. Le vrai signe de la modernité se verra lorsque les dirigeants de la Chine, ne craindront plus la mémoire du 4 juin, mais au contraire honorerons le soulèvement de Tien An Men comme il le mérite !

Lors de ces évènements, au cours d’une des chaudes soirées de printemps, peu avant la répression, je me promenais sur la place Tien An Men, mon carnet à la main, et rencontrai un jeune homme assis dans une chaise longue, près du monument où les manifestants bientôt résisteraient jusqu’au bout.
Il me posa une question concernant ce qui advient lorsque l’on obtient la démocratie dont il rêvait. «Que se passerait-il alors ? » « Je sais ce dont la Chine rêve aujourd’hui, mais de quoi rêve l’Amérique ?»


La réponse des sociétés Libres, le vieux rêve Américain, est que vous êtes Libre de choisir par vous-mêmes. La Liberté, dans le cadre d’une démocratie authentique, permet à chacun de mesurer ses propres talents, savoir-faire et ambitions, et d’effectuer en fonction de ceux-ci ses choix et d’esquisser ses propres rêves.
Ainsi naissent l’innovation, l’exubérance et la prospérité, celles en tout cas qu’aucun gouvernement ne saurait planifier ou ordonner.

Aujourd’hui la Chine fournit au monde des chaussures de sport, de très jeunes gymnastes, des prêts au Trésor Américain, de l’aide à la Corée du Nord et des investissements en Iran et au Soudan.

Mais les richesses de l’esprit lui sont comme une denrée rare. Dans ce domaine tout se résume au slogan kitsch des Jeux Olympiques, « One world, one dream ! » sur des affiches géantes comme à Tien An Men, entouré d’agents de sécurité, de caméras de surveillance et de barrages filtrants.
"

Vaclav Havel, De la Charte 77, à la Charte 08 à Pekin

Hu Jia et les Têtes de Sang

En Chine les Jurés Nobel, Vous Foutent la Paix


La Chine Inventée et la Chine Vraie

Un groupe d'Avocats Défie l'Ordre Communiste

1 commentaires:

Yve a dit…

a lire aussi le témmoignage de Cai Chungguo, http://www.amazon.fr/J%C3%A9tais-Tien-Men-Cai-Chungguo/dp/toc/2847951636

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