jeudi, juin 18, 2009

L’Iran au Bord de la Révolution !



Depuis dimanche que de chemin parcouru pour la Liberté en Iran. Parcouru dans le sang et la répression, mais la tricherie électorale d’Ahmadinedjad est sérieusement bousculée.


Le coup d’état fasciste, sans doute prévu depuis plusieurs jours au moins, n’est pas encore vaincu, mais il n’a pas non plus triomphé.

Car il s’agit bien d’un coup d’état fasciste. Paradoxe d’un système qui était déjà fasciste, islamo fasciste plus exactement.

Pris dans ses propres contradictions, une situation économique désastreuse et isolé sur la scène internationale, le régime a été dépassé par l’ouverture électorale qu’il avait mis en scène pour trancher en son sein.

Le coup d’Etat concocté par Ahmadinedjad avait pour objectif de rétablir l’ordre fasciste de la république islamique en se proclamant vainqueur dès le premier tour au mépris de toute vraisemblance. Il l’a tenté dans la précipitation et visiblement l’improvisation.

Il semble que Pasdarans (Bassidjis) et Gardiens de la Révolution aient directement remplacé les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur et décrété ville par ville des résultats sortis de leur imagination.

Mais ce coup d’Etat a aussi des objectifs plus amples, sans doute déjà prévus en cas de victoire réelle d’Ahmadinedjad, comme celui-ci pouvait encore l’espérer il y a plusieurs semaines avant la vague verte qui a porté Moussavi.

Ces objectifs consistaient à la fois à se débarrasser d’une partie des hommes et de l’appareil du système qui préférait une voie alternative à la marche à la guerre et au renchérissement de la démagogie populiste sur le plan économique.

Ces hommes tous islamistes, mais qui cherchaient une voie différente dans le cadre du système défendent aussi des intérêts économiques, des fortunes considérables amassées par la concussion, la corruption, les malversations diverses et l’affairisme.

Se défaire du clan, que pour simplifier on peut désigner autour de Rafsandjani, représente donc un enjeu économique considérable. L’objectif d’Ahmadinedjad par une sorte d’expropriation était de trouver un relais pour financer ses promesses démagogiques intérieures et ses aventures internationales.

Secondé par les Pasdarans et la majorité des Gardiens de la Révolution, le coup d’état prévu par Ahmadinedjad n’était pas seulement policier. Il était par essence fasciste, c’est à dire soutenu par une base sociale « populaire » importante et des milices chargées des arrestations des tabassages et des exécutions.

Pasdarans contre dignitaires enturbannés, le jeu a paru « jouable » au Guide Suprême Khamenei. Un peu comme si Hitler s’était appuyé sur les S.A. au lieu de tuer leurs chefs et de les incorporer à la SS, la Gestapo ou l’armée.


Evidemment les milices en auraient aussi profité pour emprisonner et massacrer tous les opposants authentiques, quelque soient leurs tendances et instaurer un ordre islamique fanatisé.
Tous les petits espaces de Liberté, mêmes minimes dans la presse, les universités, les syndicats ou surtout Internet auraient été balayés. Le totalitarisme le plus extrême aurait été rétabli.



Mais les choses ont pour l’instant évolué autrement, le coup d’état s’enraye.
A cela une seule cause, l’extraordinaire courage et détermination des manifestants Iraniens.

Malgré les meurtres, les tabassages, les arrestations, la vague verte demeure. Tant qu’elle demeure, le coup d’Etat est encalminé.

Internet avec les blogs, Facebook, You Tube et surtout Twitter jouent un rôle majeur et contribuent à tenir en échec la propagande étatique et fasciste.

Internet et les réseaux sociaux magistralement incarnent la Liberté d’expression et d’auto organisation.

Mir Hossein Moussavi aussi fait preuve d’une détermination bienvenue.
Pour l’heure il est le point de ralliement de ce soulèvement démocratique, même si demain ou après-demain, homme du système, il n’accompagnera pas nécessairement la révolution sur la longue route de la Liberté.

Le soulèvement Iranien est donc en train de vivre des journées décisives. Tant qu’il reste uni sur son objectif de respect des résultats « Where is my vote ? », les brutalités fascistes des Pasdarans qui blessent, terrorisent et tuent ne suffisent pas à le défaire, parce que ses rangs se comptent par centaines de milliers, certains jours par millions.

Pour vaincre le soulèvement par la force, Ahmadinedjad devrait tuer par centaines ou par milliers. Il lui faudrait le concours actif de Gardiens de la Révolution, la certitude que l’armée et la police le laisserait faire. Ce sont hélas des choses possibles.


Pour l’heure ce sont les partisans de Moussavi qui ont l’offensive et le régime qui se divise.

La revendication "Where is my vote?"qui somme le système de respecter la volonté populaire et de la démocratie s'appuye sur l'alliée subjective de la Liberté, l'exigence de la Vérité. Une alliée sans pareil pour souder ses partisans et fractionner l'appareil d'Etat.

Quelques cas encore peu nombreux se sont produits où les policiers se sont interposés entre les manifestants et les Pasdarans. Une partie de l’appareil d’état se scinde non seulement sur la répression, mais aussi sur la sortie de crise et la foudroyante vérité que serait la reconnaissance d’une fraude organisée, d’un coup d’Etat prémédité.


Il n’y a peut-être qu’un seul domaine où l’analyse de Lénine, l’artisan de la dictature communiste, soit pertinente, c’est la définition d’une situation révolutionnaire,
« Quand ceux d’en bas ne veulent plus et ceux d’en haut ne peuvent plus… ! »


La première proposition est vraie, la seconde pas encore. Dans les jours et les semaines qui viennent ce petit baromètre léniniste sera très utile.

Donner la victoire a Moussavi, serait un tel échec pour les extrémistes et le Guide lui-même, que celui-ci hésite. Sa proposition de procéder à un recompte partiel des votes cherche avant tout à gagner du temps dans l’espoir que le mouvement se délite. Or la triche fut telle que le recompte des votes, n’a guère de sens, nombres de bulletins ayant été perdus.

Or ce délitement, pour l’instant improbable, et le bain de sang toujours possible, une manœuvre envisageable consiste à déclarer des erreurs dans le décompte des voix, placer Ahmadinedjad et Moussavi au-dessus de la barre des 40% et à organiser un second tour.
Ahmadinedjad y aurait encore une mince possibilité de victoire et une solution « institutionnelle » serait "sauvée" en cas de victoire de Moussavi.


Mais dans ce cas la vague verte aurait tôt fait d’imposer par les actes un certain nombre de Libertés démocratiques, d’expression, d’organisation. La revendication de la Libération de tous les détenus politiques serait irrésistible, celle de la dissolution des milices inévitable et enfin l’exigence de justice et de vérité sur les crimes du régime conduirait à des mises en cause profondes.

Un manifeste qui circule dans les manifestations à des dizaines de milliers d’exemplaires exprime déjà le contexte qui serait celui du lendemain d’une victoire de Moussavi.

Désormais désigné sous le nom de « Manifeste en 7 points », il résume dans la grande tradition des révolutions politiques, le programme révolutionnaire qui conduit à la Liberté.

-1. Démettre l’Ayatollah Khamenei de son rôle de Guide Suprême à cause de son iniquité. L’équité est une condition obligatoire d’un dirigeant suprême.

-2. Démettre Ahmadinedjad de son poste de Président, du fait des actes illégaux par lesquels il se maintient au pouvoir.

-3. Transférer temporairement la direction suprême à l’Ayatollah Hussein-Ali Montazeri jusqu’à la formation d’un comité destiné à réévaluer et ajuster la constitution Iranienne.

-4. Reconnaître Mir Hossein Moussavi comme le président légitimement élu du peuple.

-5. Formation d’un nouveau gouvernement par le président Moussavi et préparation de la mise en place des amendements constitutionnels.

-6. Libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques indépendamment de leurs idéologie ou de la plate forme de leurs partis.

-7. Dissolution de toutes les organisations, secrètes et publiques, organisées pour opprimer le peuple Iranien, telles que le Gasht Ershad (la police des mœurs)


Remarquable proclamation qui traduit une grande maturité politique et qui ressemble tellement aux manifestes révolutionnaires de tant d’autres révolutions.

Bien sûr, un comité pour réévaluer la constitution de la République Islamique, n’est pas la meilleure solution et ne vaut pas l’élection d’une assemblée constituante.

Mais la mise en cause de la constitution, même avec cette prudence qui peut être tactique, est la voie vers laquelle le mouvement ira, s’il évite le massacre de masse tant qu’Ahmadinedjad a le pouvoir.


La référence au grand Ayatollah Ali Montazeri (ci-contre)n’est pas fortuite. Opposant déclaré et sincère de la dictature. Même s'il est aussi issu du système, il a maintes fois affirmé ses convictions..
Mardi encore il a diffusé une lettre ouverte exceptionnelle.

Lettre de l’Ayatollah Ali Montazeri :

« Au nom de Dieu,

Peuple d’Iran
Ces derniers jours, nous avons été témoin de la vivacité des efforts que vous, frères et sœurs, jeunes et vieux, de toutes les catégories sociales avez déployés pour les 10ème élections présidentielles.

Nos jeunes espérant voir leurs droits légitimes satisfaits sont venus sur le devant de la scène et ont attendu patiemment. C’était une grande occasion pour le personnel gouvernemental de nouer des liens avec le peuple.

Cependant, malheureusement, ils se sont comportés de la pire des façons possibles. Proclamant des résultats électoraux que personne ne pouvait en conscience croire, et malgré l’évidence qu’il s’agissait de résultats fabriqués, niant les protestations populaires, devant les yeux de la Nation qui a porté le poids d’une révolution et de 8 années de guerre, sous les regards de la presse locale et internationale, ils ont attaqué les enfants du peuple avec une violence stupéfiante.

Et maintenant ils essayent une purge, arrêtant des intellectuels, des opposants politiques et des scientifiques.

Aussi en me fondant sur mes devoirs religieux, je dois vous rappeler que :

1. Un Etat légitime doit respecter tous les points de vue. Il ne peut opprimer ceux qui le critiquent. Je crains que cela ne conduise le peuple à une perdre sa foi en l’Islam.

2. Compte tenu des circonstances, j’attends du gouvernement qu’il prenne toutes les mesures pour rétablir la confiance du peuple. Faute de quoi, comme je l’ai déjà dit, un gouvernement qui ne respecte pas le vote du peuple n’a aucune légitimité religieuse ou politique.

3. J’invite chacun, particulièrement les jeunes, à continuer de réclamer ce qui leur est dû dans le calme et à ne pas permettre le succès de ceux qui veulent associer ce mouvement au chaos.

4. Je demande aux personnels de la police et de l’armée de ne pas « brader leur religion » et de se souvenir que le fait de recevoir des ordres ne les excuse pas devant Dieu. Reconnaissez dans les jeunes qui protestent vos propres enfants. Aujourd’hui la censure, l’interruption des communications téléphoniques ne peuvent masquer la vérité.
Je prie pour la grandeur du peuple Iranien. »

Tristes Turbans à Téhéran

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