jeudi, juin 11, 2009

Inculpez Ahmadinedjad!




A l’aube des élections iraniennes, les pronostics demeurent incertains. Les candidatures de Moussavi et Karoubi, bien qu’agrées par le régime et s’inscrivant dans son cadre, ont permis à une opposition populaire, présente depuis des années, de se mobiliser et peut-être de défaire Ahmadinedjad.


Plus que les candidats de l’opposition eux-mêmes, c’est la dynamique qui compte.


La réélection d’Ahmadinedjad ouvrirait probablement la voie à la guerre, peut-être nucléaire.
Les incitations génocidaires du président Iranien et d ‘une partie du régime, répétées et indiscutables mettent les nations civilisées devant leurs responsabilités.

La Liberté d’expression est-elle encore de mise ? Traditionnellement les partisans de la Liberté distinguent entre les paroles et les actes. Dans le monde anglo-saxon, cette distinction est d’ordinaire absolue. En Europe continentale quelques nuances existent. Ainsi la négation de la Shoah est interdite.

L’incitation au génocide est considérée comme un crime dans le droit international.
Alan Dershowitz, professeur de droit à Harvard, prend note du contexte dans lequel s’inscrit la propagande d’Etat Iranienne. Partisan de la Liberté d’expression la plus stricte pour les individus, il considère le contexte étatique et totalitaire des discours d’Ahamdinedjad pour demander son inculpation!


Alan Dershowitz: Inculpez Ahmadinedjad

"J’ai voué ma carrière professionnelle à défendre la Liberté d’expression, y compris celle qui exprime des idées qui me répugne. Ceci m’a souvent mis en conflit, parfois avec certains de mes plus proches amis et collègues, avec lesquels je suis pourtant en accord sur la plupart des autres sujets.
C’est ainsi que je me suis opposé à Irwin Cotler en plusieurs occasions à propos des crimes racistes, de la diffamation, de la négation de l’Holocauste et de la propagande en faveur de la violence. Je crois que toutes ces formes d’expression aussi détestables soient-elles doivent être protégées.
Dans mon dernier livre « Finding Jefferson », je présente les arguments qui montre que la censure est généralement plus dangereuse que les discours qu’ils censurent.


Cependant je souhaite aujourd’hui que l’incitation au génocide telle que la propage le régime iranien en général et son président Mahmoud Ahmadinedjad en particulier soit considéré comme un crime.
Suis-je ainsi en conflit avec le combat de toute ma vie en faveur de la Liberté d’expression, lorsque j’appelle à l’inculpation d’Ahmadinedjad en tant que criminel international ?
Permettez-moi d’expliquer pourquoi il n’en est rien ! Et pourquoi mon soutien à une Liberté d’expression maximale fournit en fait une justification importante en faveur de l’inculpation d’Ahmadinedjad et de son gouvernement pour incitation au génocide.

Le paradigme de la Liberté d’expression, c’est l’individu, le dissident qui dénonce la politique de son gouvernement. La censure est un moyen employé par les gouvernements contre les dissidents. Il en est ainsi depuis des temps immémoriaux. Les arguments classiques en faveur de la Liberté d’expression présupposent l’existence d’individus s’opposant au pouvoir d’un gouvernement.

Le dissident s’oppose seul, souvent méprisé non seulement par ceux qui gouvernent, mais aussi par nombre de ses concitoyens.

Le dissident représente souvent une opinion extrêmement minoritaire et isolée du grand public.

Le pouvoir arbitraire du gouvernement et la condamnation de masse s’opposent au dissident individualisé. Celui-ci est parfois vertueux et parfois vicieux. Certains prônent parfois la paix et d’autres la violence. Or nous ne pouvons édicter des lois qui protégeraient exclusivement les vertueux.
En conséquence afin que le marché des idées continue de fonctionner, il est impératif que la Liberté d’expression soit accordée aussi à ceux que nous détestons.

L’expérience nous a enseigné qu’il ne saurait y avoir de Liberté d’expression pour moi-même, qui ne te saurait accordée aussi.

Aussi si je souhaitais que Martin Luther King dispose de la Liberté d’expression et la possibilité de manifester à Birmingham, Alabama, il me fallait accepter que les néo-nazis puissent défiler à Skokie, Illinois.

Parce que je défends le droit de Robert Mapplethorpe (autoportrait, ci-contre) d’exposer des photographies exceptionnelles, il me faut accepter que Larry Flint puisse éditer de la pornographie répugnante.


Pourquoi alors refuser à Ahmadinedjad le droit d’inciter au génocide d’Israël et du peuple Juif ? A cela plusieurs raisons..
La première et la plus importante, Ahmadinedjad n’est pas un individu, un dissident s’opposant à son gouvernement. Il représente le gouvernement Iranien, cherchant à supprimer les droits des individus.

Les gouvernements n’ont pas de tels droits. Les individus ont des droits en fonction du pouvoir de leur gouvernement. Lorsqu’Ahmadinedjad incite au génocide, il le fait avec derrière lui, toute la puissance du régime iranien. Là réside un danger exceptionnel, ce régime ne permettant aucune dissidence.


Je me trouvais récemment en présence d’Ahmadinedjad ainsi que de plusieurs dizaines de sujets Iraniens à la conférence de Durban II à Genève. J’ai saisi l’opportunité pour rencontrer de nombreux citoyens iraniens de tous âges. Ayant initié des conversations sur les idées d’Ahmadinedjad, il m’apparut clairement qu’ils étaient terrifiés à l’idée que quelques idées qu’ils énoncent puissent être compris comme un désaccord avec Ahmadinedjad.

J’ai demandé à plusieurs jeunes gens, s’ils pensaient effectivement que l’Holocauste était un mensonge, comme Ahmadinedjad l’a répété, et si Israël était un cancer qui doit être rayé de la carte.

Ils s’empressèrent d’approuver Ahmadinedjad. Et lorsque je leur demandais s’ils connaissaient des Iraniens en désaccord avec ces idées, ils répondirent non.
Il n’y a pas de place de marché pour les idées dans l’Iran d’ Ahmadinedjad, du moins pas officiellement.

En conséquence, même l’incitation au génocide prônée par Ahmadinedjad n’est pas une idée à débattre. Au contraire c’est une orientation et une instruction. Elle se présente de façon très similaire aux incitations au génocide qui ont précédé et encouragé le génocide Rwandais et qui sont aujourd’hui réprimées.

C’est l’équivalent d’un ordre militaire hiérarchique d’un commandant à ses troupes ou d’un chef mafieux à ses hommes de main. Cet ordre doit être obéi sans discussion et question.

C’est donc l’antithèse de la la Liberté d’expression, l’opposé d’une place de marché aux idées. Il ferme la discussion, clôt le débat et réduit au silence la dissidence.

La deuxième raison pour laquelle je préconise l’inculpation d’Ahmadinedjad est que la combinaison d’une telle incitation au génocide et le développement d’armes nucléaires présenté un danger clair de passage à l’acte génocidaire dans le monde et vis à vis d’Israël en particulier.

Il y a bien sûr ceux qui se perdent en arguties, expliquant que l’appel d’Ahmadinedjad à rayer Israël de la carte n’est qu’une métaphore, ou à été simplement mal traduit.

Ce ne sont que vaines subtilités, Ahmadinedjad sait parfaitement que ses discours seront compris par nombre de ses auditeurs comme un appel au génocide.


Lorsque le dirigeant d’un pays qui aura bientôt l’arme nucléaire déshumanise un peuple, comme Ahmadinedjad le fait vis à vis des citoyens d’Israël et du peuple Juif, un appel à rayer Israël de la carte est même plus qu’une incitation au génocide, c’est une orientation et une instruction précise en vue d’utiliser l’arme nucléaire.

La bombe nucléaire ne doit pas nécessairement être lancée sur Israël par des missiles ou des avions. Elle peut être introduite clandestinement par des terroristes qui auront été incité à le faire par ce qu’ils auront considéré être un ordre « hiérarchique » ou une obligation religieuse.


Ahmadinedjad n’est pas un cas isolé. Prêtez attention aux déclarations d’Hashemi Rasfandjani faites à un journaliste Américain :
« (Rasfandjani) s’est vanté qu’une attaque nucléaire Iranienne pourrait tuer près de 5 millions d’Israéliens et a estimé que même si Israël ripostait en tirant sur l’Iran ses propres armes nucléaires, les pertes ne dépasseraient pas 15 millions de personnes. Et Rasfandjani de conclure que ce ne serait qu’un faible sacrifice pour le milliard de musulmans dans le Monde. »

Les dirigeants d’une nation qui s’apprête à disposer de la bombe et qui se prête à de tels calculs génocidaires et suicidaires sur leurs propres citoyens sont coupables d’incitation au génocide.
Ils doivent être stoppés avant qu’ils puissent passer à l’acte. Ils doivent être inculpez et mis sous surveillance. On doit leur interdire l’entrée des nations pacifiques qui se sont engagées à empêcher les génocides.

Le monde ne peut à nouveau se permettre après un génocide de regretter de ne pas avoir pris au sérieux les incitations qui l’ont précédé.
Nous sommes aujourd’hui face à nos obligations internationales d’empêcher les génocides.
Comme l’observait Edmund Burke (ci-contre) il y a de nombreuses années, « Tout ce dont le Mal a besoin pour se répandre est que les hommes bons gardent le silence. »

Ne restez pas silencieux !
"

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