mercredi, mai 27, 2009

Kadhafi Tue Encore !




Fathi Eljahmi, le plus célèbre dissident Libyen, vient de mourir en prison!

Enfermé au secret depuis octobre 2002, privé de sa Liberté et aussi hélas des soins dont il avait besoin, il était tombé dans le coma la semaine dernière.


Evacué inconscient vers un hôpital jordanien il n’a pas survécu aux années d’isolement, et de tortures subies dans les geôles de « notre ami le colonel » !

Il y a quelques jours pendant que Fahti Eljahmi agonisait, Hervé Morin notre ministre de la défense était reçu à Tripoli en très bons termes avec le dit colonel.

De son propre aveu il s’agissait de négocier la vente d’avions Rafales. Sans doute aussi de marchander l’appui de l’armée Libyenne pour empêcher les pauvres hères Africains et Arabes de s’embarquer clandestinement pour l’Europe.

Il est fort peu probable que le ministre ait évoqué le sort de Fathi Eljahmi.


Qui était donc Fahti Eljahmi ? Né en 1941 lorsque la Libye n’était encore qu’une série de provinces séparées, Tripolitaine, Cyrénaïque, Fezzan sous l’occupation fasciste mussolinienne, Fahti Eljahmi est devenu 60 ans plus tard le principal opposant du fascisme vert de Kadhafi.

Mussolini le Duce, le « conducteur » et Kadhafi le guide, deux visages du fascisme! Au final 4,5 millions de Libyens qui vivent sous la botte.

Celles de Mussolini étaient coloniales et social fascistes, celles de Kadhafi tellement plus authentiquement nationales ! Oh finesses du relativisme moral !


Ce n’était pas l’avis de Fahti Eljahmi.
Qu’est-ce qui s’est passé pour que ce fonctionnaire qui aurait pu continuer de vivre en touchant sa petite part de la rente pétrolière et en gardant le silence, se rebelle en 2002 au cours d’une réunion de la « Conférence du Peuple », courroie de transmission de l’appareil d’Etat ?
Qu’est-ce qui s’est passé sinon l’acquisition d’une conviction morale, intime, impérieuse et finalement patriotique que la Libye comme le reste du monde a besoin d’une constitution, de la Liberté d’expression et de la démocratie ?

Et c’est pour avoir demander une réforme qui fasse de la Libye un Etat de droit que Fahti Eljahmi a été embastillé, condamné à 5 ans et en réalité à finir ces jours dans la tristement célèbre prison d’Abu Salim.

Libéré un bref moment sur intervention de George W Bush en 2004, lorsque le colonel bédouin s’efforçait de donner quelques gages et s’empressait notamment d’abandonner son programme d’armes nucléaires.


Dans une lettre écrite à la mission Américaine de Tripoli, Eljahmi remerciait,
« …le gouvernement Américain pour les efforts ayant permis d’obtenir ma libération… » et assurait, « Jusqu’à mon dernier souffle, je me battrai pour la Liberté de mon peuple. »
.

Mais même en 2004, le régime harassait Eljahmi, menaçant d’arrêter sa femme et ses filles, puis interrompant la ligne téléphonique du café Internet de son fils, principale source de revenus de la famille.

Fahti Eljahmi était à nouveau incarcéré en 2005 et condamné pour le crime capital d’avoir cherché à renverser le régime dudit colonel en contactant une puissance étrangère.
Il s’était contenté de parler à un diplomate Américain.


Plus les occidentaux acceptait de réintégrer la Jamarriya de Kadhafi dans le « concert des nations », expression langue de bois des diplomates qui signifie à peu près, « maintenant on peut faire du business et on met de côté le cas des opposants emprisonnés », plus le colonel impunément profitait de sa légitimité internationale retrouvée pour réprimer les dissidents.


Qualifié ici et là d’Homme d’Etat par nos chancelleries et médias, assuré de nouveaux « deals » d’exploitation du pétrole, de la perspective de vente d’armes, le colonel, hier un paria pouvait déjà rêver planter sa tente dans les palais occidentaux.

Ce qu’il finit par faire d’ailleurs, à Paris à l'invitation de Sarkozy il y a presque deux ans, assuré désormais qu’en son absence, les dissidents pourrissaient derrière les geôles.



Ainsi c’est le 26 mars 2005, le lendemain même de la visite de Tony Blair apostrophant Kadhafi à son arrivée, « C’est bon d’être ici ! » que les sbires du colonel passaient à tabac Fahti Eljahmi sur le pas de sa porte au cours de la matinée, saccageant sa maison, puis mystérieusement Fahti et son fils disparaissait en fin d’après-midi.


Le régime bien entendu prétendait n’être au courant de rien et criait au coup médiatique d’un Eljahmi réfugié dans une improbable clandestinité.
Quelques gogos y crurent, quelques faux naïfs diplomates firent semblant d’y croire.

Le téléphone d’Eljahmi sonnait désormais dans le vide!




Lorsque son emprisonnement fut admis, un rare droit de visite eut lieu en 2005. A un représentant d’Human Right Watch, Eljahmi (ci-dessus) demanda de transmettre aux parlements du monde démocratique un message simple et bref,
« Dites leur que nous sommes prêts et disponibles pour la démocratie! »

Qu’en pense le quai d’Orsay ?

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