Harare : Peur sur la Ville !
La communauté internationale, par complexe d’ex-colonialiste, a concédé à l’Afrique du Sud, en surestimant les vertus démocratiques de celle-ci, le rôle de pivot diplomatique de l’Afrique australe.
Le réveil est brutal, le gouvernement d’Afrique du Sud et l’A.N.C, malgré Mandela préfèrent le mythe d’une pseudo négritude, qui n’est que tyrannie et répression contre le peuple du Zimbabwe, au respect de l’Etat de Droit, valeur universelle présentée comme occidentale, donc « blanche », donc ségrégationniste.
Le gouvernement Sud-africain porte en effet une responsabilité majeure dans le cours des événements au Zimbabwe. Après le magnifique sursaut électoral du 1er tour des élections présidentielles en Mars où les Zimbabwéens se sont saisis du scrutin pour désavouer et tenter de chasser Mugabe, c’est le gouvernement de Pretoria qui a cautionné l’idée d’un second tour alors que la victoire de Morgan Tsvangiraï était nette et le risque élevé de voir le vieux tyran organiser une fraude massive afin de se maintenir.
Or ce qui vient de se produire va beaucoup plus loin qu’une fraude électorale, même de grande ampleur. C’est une violence fasciste massive, à grande échelle qui a détruit le processus électoral, qui était en train d’échapper à Mugabe.
Il n’est pas si fréquent d’observer l’affrontement direct entre la société civile et les bandes armées fascistes, entre une société libre qui tente d’émerger et une société de la peur qui s’efforce de se maintenir, en utilisant la peur à l’état brut.
Ce sont les dissidents Soviétiques des années 70 et 80 qui ont le mieux su exprimer par une démarcation claire la différence entre une société Libre et soumise. Trop souvent les notions de « démocratie », d’élections, de constitution sont dévoyées pour cautionner des dictatures. Si les nazis détestaient la démocratie, l’Union Soviétique se prétendait une démocratie populaire.
Mais seulement dans une vraie société Libre, un individu peut publiquement apostropher le gouvernement et le critiquer durement au besoin, sans craindre pour sa sécurité, celle de ses amis ou de ses proches. Seulement dans une telle société, les élections sont Libres et démocratiques. Les autres sociétés sont des sociétés de la peur.
Le régime de Mugabe est de longue date une société de la peur. Obligé pour servir sa propre légitimité de maintenir un vernis démocratique, il a été débordé dans le processus électoral par un sursaut populaire. Mais Morgan Tsvangiraï lui-même a été bastonné dans la rue bien avant les élections.
Le fait que le 1er tour ait eu lieu de façon moins grotesque que le second tour, le fait que l’opposition l’ait emporté même si sa victoire ne fut reconnue ni par le régime, ni par le gouvernement voisin d’Afrique du Sud, ne fait pas du Zimbabwe une société Libre et démocratique.
Au contraire cet épisode ne fait que souligner le courage et la maturité des Zimbabwéens. C’est l’aspiration universelle à la démocratie et la Liberté, même dans les payse les plus pauvre (Zimbabwe, Birmanie…) qui s’est manifestée et non une incompatibilité Africaine avec la Liberté pour des raisons culturelles ou une incapacité économique qui en deçà d’un seuil de développement, justifierait les régimes autoritaires.
Les sociétés de la Peur ne sont pas toutes des sociétés totalitaires (nazies, communistes, djihadiste,..). Soit qu’elles ne disposent pas d’une idéologie totalitaire, soit que le processus totalitaire ne soit pas achevé, soit qu’il soit au contraire tellement en déclin, qu’il n’arrive plus à contrôler la société. Il y a un peu de ces trois causes dans la situation du Zimbabwe.
Mais l’affaiblissement du régime du vieux tyran, n’excluait pas la réaction violente qui vient de se produire.
Battu dans les urnes, réussissant à imposer avec l’aide de l 'ANC Sud-africaine, un second tour et contraint de l’emporter ou de réprimer violemment le peuple au lendemain d’une nouvelle défaite, Mugabe a choisi de réprimer avant le scrutin en cherchant par la Peur à décourager son adversaire, ses partisans et ses électeurs.
Le Zanu-PF, parti du pouvoir n’a pas lésiné depuis les fraudes « basiques » comme l’apposition de poster de Mugabe sur tous les minibus circulant dans les rues, condition pour obtenir du carburant, jusqu’aux meurtres brutaux de proches, femmes et enfants des dirigeants de l’opposition, brûlés vifs en passant par toute la gamme des violences fascistes.
Mugabe a appliqué exactement sa devise de l’entre deux tours, « Seul Dieu peut me contraindre à perdre le pouvoir » avait-il proclamé. Devise d’autant plus exacte qu’il contrôlait toutes les formes de pouvoir temporel.
Ses hommes de main ont bastonné, arrêté, torturé, violé et tué des milliers d’opposants. À cette échelle, il ne s’agit plus d’intimidation, mais d‘un climat de peur généralisé. Il s’agit d’une violence fasciste de masse, d’un coup d’état dans l’état qui a détruit le processus électoral.
Triste symbole, l’encre indélébile arborée par les votants et censée protéger de la fraude électorale devenait dans ces élections à la démocratie perverse et inversée, où ne subsistait qu’une seule candidature, la preuve que les Zimbabwéens ne s’étaient pas réfugiés dans l’abstention.
Un acte de résistance malgré tout effectué par des millions d’entre eux.
Les assauts menés par les vétérans de la lutte anticoloniale, prébendiers du régime et les troupes de choc des milices de jeunesse, « les Blousons Verts » (ci-dessus) contre les rares meetings autorisés de l’opposition, rappellent les assauts des Chemises Brunes de Mussolini contre les maisons du peuples socialiste, les coup de mains des SA nazis contre les meetings de gauche ou du centre et les agressions à coup de couteaux et de barres de fer des membres du parti de Dieu, le Hezbhollah, en 1979 et 1980, lors de la révolution Iranienne.
C’est d’ailleurs l’essence du fascisme et ce qui le distingue des autres régimes, autoritaires, militaires, despotiques ou tyranniques, de procéder à la destruction physique et matérielle de l’opposition. Brun, Rouge, Vert ou Noir, le fascisme n’est pas affaire de couleur.
Cette réaction fasciste était d’autant plus « logique » de la part de Mugabe que le tyran, a établi son pouvoir de cette façon au cours des années 80, en massacrant de 1982 à 1987 par dizaines de milliers, les tribus du Matabeland, qui soutenaient alors son rival Joshua Nkomo (ci-contre).
Pas plus que ne saurait surprendre sa toute récente proposition de créer un parti commun entre son ZANU-PF et l’opposition battue du MDC. C’est déjà ce qu’il avait fait alors avec le parti de Nkomo. Les diplomates Africains qui proposent aujourd’hui un gouvernement d’union nationale jouent directement, qu’ils le veuillent ou non, le jeu de Mugabe.
Un gouvernement d’union ne pourrait que donner des strapontins à l’opposition et Mugabe garderait le contrôle sur les forces armées et ses milices en attendant de réprimer sauvagement l’opposition le jour où la communauté internationale relâcherait ses efforts. Ce serait un gouvernement éphémère, paravent d’une société de la Peur qui finirait par le dévorer.
A l’inverse un gouvernement démocratique ne peut commencer d’exister que par le désarmement des milices et le départ des officiers tortionnaires. Mugabe ne peut accepter cette solution.
Toutefois malgré la défaite subie par l’opposition et la « réélection » de Mugabe, la campagne de terreur butte sur deux obstacles majeurs. Morgan Tsvangiraï a trouvé la seule parade possible en retirant sa candidature. Il a invalidé le scrutin et ouvert la possibilité que la victoire de Mugabe ne soit qu’une victoire à la Pyrrhus. En effet, deuxième obstacle la légitimité de Mugabe est atteinte non seulement à Harare, mais aussi internationalement. Mugabe ne peut rester au pouvoir dans un pays dont la situation économique est si dramatique sans légitimité internationale.
Dans ce contexte, la présence du tyran au sommet de l’Union Africaine lui procure cette précieuse légitimité auprès des Africains, risquant d’entraîner des relations avec les pays hors du continent. Sauf bien sûr si les chefs d’état Africains ne le poussent vers la sortie.
La solution préconisée ici et là de la garantie d’un exil doré au tyran pour son départ, est loin d’être assurée d’aboutir. Mugabe ou certains de ses proches pouvant êtres tentés de faire monter les enchères ou tout simplement de gagner du temps.
Imagine-t-on Churchill et Roosevelt garantissant un exil doré à Mussolini ?
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