mercredi, novembre 07, 2007

Pervez Bonaparte en Echec au Pays des Purs ?

Les partisans de Benazir Bhutto affrontent la police à Karachi le 7 novembre


L’alliance, concoctée à Washington entre Pervez Musharraf et Benazir Bhutto, pour une transition et des élections démocratiques au Pakistan, a volé en éclats avec le coup d’état du général président.

La volonté affichée par ce dernier de s’opposer au danger islamiste en instaurant l’état d’urgence ne trompe guère. Pour l’heure ce ne sont ni les groupes islamistes, ni les tribus extrémistes des régions frontalières avec l’Afghanistan et encore moins les réseaux islamistes au sein de l’Armée et de l’ISI (les services secrets) qui sont victimes de la répression.

Au contraire des milliers d’opposants, issus de la société civile, aux premiers rangs desquels, avocats et juges, ainsi que des militants démocrates qui ont été arrêtés, dont Iftikhar Mohammed Chaudhry, (ci-dessous), le président de la cour suprême de justice, opposant déclaré du général.

L’apparence bonapartiste du coup d’état de Musharraf est donc fallacieuse. Son pouvoir ne s’élève même pas « impartialement » au-dessus des deux camps, démocrate et Islamo fasciste qui divisent la société Pakistanaise.

En réalité c’est le mouvement démocratique qui est réprimé. Musharraf s’efforce en fait de repousser l’affrontement pourtant inéluctable avec les islamo fascistes.

Le plan de transition vers la démocratie initialement prévu, proposait au travers d’élections démocratiques à la mi-janvier 2008, de ménager non seulement Musharraf, qui aurait partagé le pouvoir avec Benazir Bhutto, mais aussi à travers lui la bureaucratie étatique et notamment les chefs de l’armée et de la police.

Or l’enthousiasme populaire qui s’est manifesté à l’occasion du retour de Benazir Bhutto et l’attentat qui a coûté la vie à des centaines de ses partisans, le 18 octobre, a changé la donne.

C’est d’un côté une aspiration de masse à la démocratie, une volonté de sortir du régime autoritaire de Musharraf qui s’est levée, et de l’autre l’ouverture d’une guérilla fasciste sous la forme d’attentats d’autant plus difficilement évitables que les terroristes disposent de soutiens non négligeables à la fois dans une partie de la population et dans l’appareil même de l’état.

Cet affrontement radicalise totalement la situation. La transition démocratique ne peut s’effectuer sans une purge sans merci de l’appareil d’état. Benazir Bhutto le percevait en dénonçant au lendemain de l’attentat que l’implication de certains officiers et jusqu’au général chargé de l’enquête.

La place de Musharraf dans cette nouvelle dynamique devenait d’autant plus instable que l’opposition des juges et des avocats au renouvellement de son pouvoir annihilait sa légitimité constitutionnelle.


Le coup d’Etat de Musharraf est d’autant plus « démoralisant » qu’il semble renvoyer le Pakistan au temps de la dictature du général Zia ul Haq (ci dessus) dans les années 1980. Musharraf, lui-même obtint déjà le pouvoir le 12 octobre 1999 par un coup d’Etat. Son deuxième sera t-il une farce vouée à l’échec ?

La comparaison entre la France des Napoléons et le Pakistan de Musharraf peut sembler incongrue. Pourtant la posture bonapartiste ou césariste de ce dernier est évidente. Bien sûr comme on va le voir, ce nouveau Bonaparte du « Pays des Purs » - le nom du Pakistan – est un trompe l’œil.

Le premier Bonaparte (ci-dessus le 18 brumaire an VIII) se saisissait du pouvoir à l’initiative de Sieyès et d’autres, qui cherchaient un général capable de prendre le pouvoir et rétablir l'ordre, en gardant les acquis révolutionnaires. Le petit Corse, doté de la légitimité, que lui conférait son aura et l’aspiration à stabiliser la révolution, pouvait frapper les fauteurs de troubles d’un côté comme de l’autre, et sabrer avec Murat les monarchistes dans les rues de Paris.

Le Prince Napoléon, (ci-dessous, pretant serment sur la constitution), instaure aussi un bonapartisme de l’ordre, et élargi l’appui dont il dispose au sein des employés de l’Etat, avant tout les officiers et sous-officiers, à une large part du peuple, de la paysannerie d’abord puis auprès des ouvriers.

Le premier Bonapartisme était encore porté par l’élan révolutionnaire et n’hésitait pas à frapper les monarchistes qui voulaient rétablir l’Ancien Régime. Le second avait pour lui la légende Napoléonienne, l’adhésion d’un appareil d’état et de militaires profondément ancré dans la paysannerie et enfin la légitimité « démocratique » du premier suffrage universel.

Pervez Musharraf quant à lui, ne s’apprête pas à écraser le terrorisme islamiste et les bases de soutiens aux Talibans dans les régions frontalières car il n’est pas sûr qu’il dispose au sein de l’armée et de l’appareil d’Etat du consensus nécessaire à cette fin. Au contraire c’est l’élan « révolutionnaire » et démocratique de la société civile qu’il réprime.

Les hésitations dont il fait preuve quant aux élections, reportées sine die ou d’un an, ou au contraire selon une récente déclaration maintenues dans quelques mois, montrent qu’il espère peut-être encore obtenir une légitimité par les urnes, mais dans le même temps, il en rend caduc les conditions.

L’équilibre entre les camps, nécessaire au Bonapartisme, il ne peut l’obtenir. S’il se maintient au pouvoir en réprimant la société, peu à peu ce sont les islamo fascistes qui l’emporteront d’autant plus qu’une partie de l’armée leur est acquise. Si au contraire, il réinstaure le processus électoral, sa position deviendra intenable et l’affrontement entre la société et les islamo fascistes prendra inévitablement la forme de l’exigence d’une purge de l’armée et l’I.S.I.

Le mouvement de la société civile, notamment celui des avocats et des magistrats comprend différentes tendances. Certains sympathisent avec les mouvements anti-Américains et en Musharraf, c’est l’allié de Washington qu’ils combattent. D’autres sont proches de groupes musulmans modérés, importants dans ce pays profondément religieux, d’autres enfin sont des libéraux ou des démocrates proches de Benazir Bhutto.

En Mars déjà (photo ci-dessus) ils s'étaient affrontés avec Musharraf après la tentative de révocation du président de la cour suprême.

Ce mouvement pourtant n’a d’avenir que dans la reprise du processus démocratique. Sa jonction, dans les jours qui viennent, avec l’élan populaire suscité par le retour de Benazir Bhutto, désormais « libérée » bon gré mal gré de Musharraf est la condition d’une victoire de la démocratie. L'axe politique d'une alliance entre ce mouvement composite et le parti de Benazir Bhutto, hier encore tactiquement allié à Musharraf ne peut être que l'exigence du respect de l'Etat de Droit, auquel précisément, nombre de magistrats se réfèrent;

La lutte pour la démocratie et la Liberté au Pakistan n’est pas seulement une question décisive pour les habitants du pays. C’est l’issue du conflit entre la démocratie et les Talibans dans l’Afghanistan voisin qui peut basculer. Un Pakistan dans l’orbite islamiste changerait le rapport de forces régional et l’OTAN serait isolée à Kaboul, entre Karachi et Téhéran.

Mais il y a plus grave. La détention de l’arme nucléaire fait du Pakistan un enjeu stratégique incontournable. L’arme nucléaire au main des islamo fascistes à Karachi serait au moins aussi dangereuse que l’Iran capable d’en produire.

Nous n’en sommes pas là ! Le mouvement démocratique n’est pas vaincu. L’armée assez isolée de la société et divisée, peut voir une partie de ses cadres choisir la légitimité démocratique, surtout si les protestations pacifiques se maintiennent et qu’une alternative se construit. Benazir Bhutto (ci-dessus le 7 novembre à Islamabad) appuyée par son parti le P.P.P appelle à une marche d’ici le 13 Novembre, si Musharraf ne se démet pas. C’est dit-elle « Un combat pour l’Etat de Droit, nous sommes attaqués ! » Pour l’instant, cette femme décidément ne plie pas !


Démocratie et Terreur au Pakistan

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