lundi, septembre 24, 2007

Sympathie pour les Bonzes !




Pour la sixième journée consécutive des milliers de bonzes et de religieux et religieuses se rassemblent à Rangoon, dans un mouvement qui prend peu à peu des allures prérévolutionnaires, tandis que des milliers de civils se joignent au mouvement et que le pouvoir hésite au bord de la répression.

Pour la première fois depuis des années la dictature militaire parait affaiblie, à l’image de son chef le général Than Shwe, âgé de 74 ans ou du Premier Ministre dont la santé n’est guère meilleure au point qu’il a été temporairement remplacé.

En un geste de défiance vis-à-vis de la population birmane, les militaires ont déplacé la capitale de Rangoon à Naypyitaw, une ville administrative surgie de nulle part, dont les dépenses de construction vident les coffres de l’Etat et qui mécontente jusqu’aux fonctionnaires irrités par le déménagement.

L’incurie économique des militaires enfonce chaque année plus encore, le pays dans la misère, à l’exemple de la hausse du coût du gaz, indispensable pour cuisiner, qui atteint 500% et a catalysé les protestations actuelles.

Samedi, surpris par l’ampleur des protestations les généraux se sont trouvés obligés d’autoriser la dirigeante de l’opposition à sortir de son confinement pour s’adresser aux manifestants. Cette brève rencontre affirmait ouvertement le lien évident entre le mouvement de protestation contre la hausse des prix et l’exigence de Libération d’Aung San Suu Kyi.

Il est clair qu’en autorisant cette rencontre la dictature, au lieu de calmer les protestations, a reculé d’un pas et permis au mouvement de converger vers un objectif plus large.

La dictature hésite entre des concessions introuvables et une nouvelle répression comme en 1988 lorsque plusieurs milliers d’opposants furent tués. Mais aujourd’hui l’implication des bonzes fend plus difficile une sortie de crise par un bain de sang. Non seulement les bonzes apportent leur soutien moral à l’opposition mais ils lui fournissent aussi la protection de leurs toges jaunes autour des quelles les civils peuvent se rallier.

La dictature est plus isolée internationalement aujourd’hui qu’en 1988. Récemment les nations de l’ASEAN (Association of SouthEast Asian Nations) ont critiqué ouvertement la junte, même si l’Inde, la grande démocratie de la région commerce de façon éhontée avec la Birmanie.

Le Ministre des Affaires Etrangères de l’Inde Pranab Mukherjee affirmait vendredi dernier que « le principe cardinal de notre politique étrangère est la non interférence dans les affaires intérieures des autres pays. »

Le commerce avec les dictatures n’est pas nécessairement une mauvaise chose, mais l’indifférence et la non-ingérence lorsque les droits de l’homme sont à ce point battus en brèche est un crime de non assistance.

Il y a quelques décennies les dissidents soviétiques ont clairement indiqués comment les démocraties pouvaient se servir du commerce, de la diplomatie et des voyages et rencontres qu’ils occasionnent pour faire progresser la cause de la Liberté.

Les autres principaux soutiens de la dictature restent la Russie qui fournit les armes et le voisin Chinois qui parraine les militaires. Or la proximité des Jeux Olympiques retient Beijing d’offrir pleinement sa caution à une nouvelle répression.

La protestation actuelle n’a pas surgi du jour au lendemain. Depuis plusieurs mois des mouvements épars ont agité le pays. En février environ 20 personnes, qui disaient constituer le Comité de développement du Myanmar, ont protesté contre l'inflation, la corruption et le manque de soins médicaux, de droits de la personne et de liberté de parole.

Neuf manifestants qui avaient été arrêtés mais avant d'être relâchés, les manifestants avaient dû reconnaître qu'ils seraient emprisonnés à vie s'ils organisaient des manifestations illégales ou s'ils prenaient part à des manifestations illégales.

Le courage de ces opposants manifestant en tout petit groupe, emprisonnés chaque fois, tandis que d’autres prenaient le relais, a fini par mettre en branle l’armée safran des bonzes, dont trois d’entre eux ont été sauvagement battus, attachés à un poteau par des militaires il y a quelques semaines.

Ces faits sont peu connus car la junte militaire birmane exerce pourtant un contrôle orwellien de tous les médias, harcèle ou emprisonne les journalistes qui s'éloignent de la ligne officielle dans leurs reportages
ou qui viennent en aide à des correspondants étrangers pour produire des reportages critiques.

C’est cette chape de silence qui s’est effondrée ces derniers jours !

Le mouvement qui s’est formé contre la hausse des prix s’inscrit avec en toile de fond, l’impasse constitutionnelle de la Junte.

Celle-ci n’offre aucune perspective crédible de réformes. Son plan en 7 étapes vers la démocratisation reste englué à la première. Celle-ci la « National Constitutional Convention » n’a acquis aucune légitimité et est boycottée par Ligue nationale pour la Démocratie, le parti d’opposition d’Aung San Suu Kyi. La L.N.D et la « Shan Nationalities League for Democracy » les deux partis principaux d’opposition restent interdits

Le projet de constitution révélé au début de Septembre assure que les militaires doivent garder au moins 25% des sièges d’une future assemblée, où beaucoup de décisions ne seraient prises qu’avec 75% de majorité. Autant dire que les généraux cadenassent l’assemblée avant même qu’elle ne soit mise en place.

Quant à l’élection présidentielle, puisque celle-ci est prévue, elle se ferait entre trois candidats, dont un au moins doit être un militaire. Ces candidats étant ensuite départagés par l’assemblée précitée, tandis que les ministres de la défense et de la sécurité devraient nécessairement être des militaires, nommés par le haut commandement.

La justice enfin n’échappe pas à la farce qui enveloppe les pouvoirs législatifs et exécutifs. Il est prévu trois systèmes distincts, l’un pour les militaires jugés seulement par une cour militaire, le second pour les policiers répondant seulement devant leurs pairs, le troisième enfin pour le reste de la société.

On peine à trouver dans ce projet les vertus positives que croyait y déceler Ibrahim Gambari, l’envoyé spécial de l’O.N.U. pour la Birmanie qui « encourageait les autorités de Birmanie à poursuivre sur la voie positive dans laquelle elle s’est engagée ». Mais sans doute l’O.N.U, comme sur le Darfour, ne souhaite pas inquiéter les amis de la Chine.

L’impasse dans laquelle se trouve la junte, combine donc à une crise sociale et économique majeure, à une absence totale de légitimité en dehors de ses soutiens internationaux, ainsi que detoute perspectives crédibles de réformes.

Deux voies seulement s’ouvrent. Soit la junte parce qu’elle est acculée ou assurée du soutien de Beijing réprime massivement les bonzes, soit une partie des officiers forcent les vieux généraux à des négociations, et paralysent l’armée, tandis que les manifestations s’élargissent et imposent la Liberté.


Aung San Suu Kyi, la Démocratie et l'Economie de Marché

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