mercredi, août 08, 2007

Le Tibet et les Jeux Olympiques



Du Darfour au Tibet, des Ouïgours aux dissidents réprimés, la Chine se prépare à accueillir la planète pour les Jeux Olympiques de la complicité et de l’indifférence.

A ce propos, Claude B Levenson écrivain et sympathisante du pays du Lion des Neiges nous parle à nouveau du Tibet :

« LE TIBET, LA CHINE ET LA VERITE DES FAITS

Le 20 juillet, l’International Herald Tribune publiait une réflexion à propos de la réapparition inopinée du nom de Lin Piao en photo au Musée militaire de Pékin.

Le maréchal, l’un des fidèles de Mao, avait longtemps fait figure de dauphin putatif du Grand Timonier avant de finir brutalement sous l’étiquette infamante de traître dans un accident d’avion jamais élucidé, sous prétexte de fuite à la suite d’un complot avorté contre le chef. Par l’un de ces retournements spectaculaires dont les responsables communistes chinois ont le secret, on n’a jamais su le fin mot de l’histoire et l’homme avait été dans les années 60 précipité aux oubliettes.

Le voilà donc ressorti de son tombeau, apparemment sans rime ni raison. Le plus intéressant cependant, c’est le commentaire accompagnant cette mise à jour.

A cet égard, il n’est jamais inutile de lire des lettres chinoises – surtout quand elles émanent de plumitifs du régime. L’honorable M. He Shu, rédacteur des Annales du Rocher Rouge (joli titre pour un magazine d’histoire du parti communiste) explique sobrement cette relecture :

« Pendant longtemps, les études historiques ou tout ce qui touche à l’idéologie devaient être au service de la politique ou des buts de la propagande. Lorsque les objectifs politiques sont différents, la propagande est différente [lapalissade involontaire ?] et la science sociale suit le mouvement de la ligne de propagande. Elle ne raconte pas ce qui est, ce n’est pas l’histoire réelle. »

Ainsi donc, ce qui va sans dire va encore mieux en le disant…

Autre réflexion découlant de ce fait somme toute anodin, on peut dès lors s’interroger sur les affirmations chinoises à propos du Tibet : quelle validité accorder à ces revendications tapageuses de « propriété » sur un pays voisin et un territoire qui, historiquement, ne font pas partie de son héritage, comme l’avait admis naguère un historien de l’université de Shanghai.

Il convient également de rappeler pour l’occasion que nombre de juristes et de spécialistes de droit international sont d’avis que, selon les normes internationales admises et en vigueur, le Tibet est aujourd’hui un État souverain sous occupation étrangère illégale depuis la moitié du siècle passé. Et les représentants de la Cité interdite ont beau jeu de s’égosiller à proclamer le contraire sous le moindre prétexte dans les instances des Nations unies ou ailleurs, difficile de donner le change quand les faits témoignent du contraire.

Le Dalaï-lama plus apprécié que le pape.

Sans aller jusqu’à le dire aussi explicitement, le gouvernement allemand par la bouche de son responsable officiel des droits de l’homme a vertement répliqué aux récriminations usuelles de Pékin à l’occasion de la visite du Dalaï-lama à Hambourg fin juillet.

A son habitude, le porte-parole chinois a relancé le refrain coutumier mettant en garde tous ceux qui osent accueillir le leader tibétain, réitérant les avertissements d’éventuelles conséquences (depuis quand les menaces de représailles font-elles partie des conventions diplomatiques ?) dont, évidemment, les contrevenants seraient tenus pour responsables. Le haut fonctionnaire allemand a fait savoir à Pékin que l’Allemagne est un pays libre où le Dalaï-lama peut s’exprimer librement partout, ajoutant que la Chine devait vivre avec le fait que la communauté internationale se préoccupait du sort du Tibet et qu’elle avait encore à apprendre les règles de fonctionnement de la démocratie.

Il est vrai que la réception chaleureuse du prix Nobel de la paix a de quoi agacer les locataires de la Cité interdite : pensez donc, à la veille de son arrivée, un sondage du Spiegel annonçait gaillardement que le Dalaï-lama recueille 44% des opinions positives de la population et qu’il faisait même mieux que Benoît XVI, le pape allemand, qui doit se contenter de 42%…

Une dizaine de milliers de fidèles, dont certains venus de Corée, du Japon, de Taiwan, d’Inde, de Thaïlande et de Sri Lanka, ont fait le déplacement pour s’instruire une semaine durant auprès du maître de sagesse, et la presse – grande ou petite, écrite et parlée – a largement fait chorus.

L’approche du rendez-vous olympique de l’an prochain à Pékin semble également stimuler l’imagination des amis et sympathisants du Tibet, qui diversifient les activités, comme ces équipes sportives improvisées qui se manifestent sur des stades en guise de comité d’accueil colorés des sportifs chinois en déplacement dans leurs parages – ce fut le cas en Suisse, plus récemment en Italie, et les images portent un message sans équivoque : Free Tibet.


Sans doute ces premiers exemples sont-ils prometteurs, à chacun sa façon de marquer l’événement et de s’exprimer, de contribuer ainsi à faire passer le message.

Afin que la flamme persiste contre vents et obstacles, car si la flamme, olympique ou non, est immortelle, il faut bien que ses porte-flambeaux le soient à leur manière. A plus forte raison lorsque c’est une flamme de vérité qui entre en jeu, cette vérité des faits si têtue qu’elle finira bien par l’emporter sur les fariboles de la propagande. A trop vouloir emboucher les trompettes d’une renommée douteuse, on finit un jour par empêcher des consciences de dormir. Le plus tôt serait le mieux, pour les Tibétains comme pour les Chinois. »

Nicolas Sarkozy qui s’oppose aux boycott des Jeux Olympiques mais manifeste sa volonté d’une diplomatie en faveur des droits de l’homme, osera t-il recevoir officiellement le Dalaï-lama ?


Avec Claude B Levenson Contre la Colonisation du Tibet!

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