dimanche, janvier 28, 2007

Philippe Nemo, "l’Histoire du Libéralisme en Europe"


Comment la société libérale a t-elle remplacée l’ordre féodal ? Quels sont les fondements des pensées antique et médiévale sur lesquels reposent les idées de Liberté de l’Occident ? Doit-on parler de rupture entre la Liberté des Modernes et celle des Anciens ?

Avec "l’Histoire du Libéralisme en Europe", Philippe Nemo répond à ces questions et propose une des plus importantes contribution à l’Histoire de la Liberté publiée à ce jour.

Historien des idées, mais aussi philosophe, économiste, spécialiste du droit, il réussit sur son sujet, une synthèse de l’approche de ces différentes disciplines.

Philippe Nemo prend le contre-pied des partisans d’une opposition ou d’une fracture profonde entre la liberté de Modernes et celle des anciens. L’idée de grandes ruptures créatrices portée par Hobbes, Machiavel, Rousseau, Hegel, Marx s’oppose au processus par lequel la Liberté Moderne s’est affirmée.

« Les doctrines démocratiques et libérales modernes sont par rapport aux anciennes, comme une maison que l’on agrandit et embellit… »

La « nouveauté » qui différencie les Anciens des Modernes est beaucoup plus subtile et signifiante, « Un élément doctrinal vraiment nouveau se profile et se précise à partir des Temps Modernes et singulièrement vers la fin du XVIIe siècle et du XVIIIe. Mais ce n’est pas la Liberté, au sujet de laquelle existe de longue date des doctrines construites. C’est une idée complémentaire, qui ne fait que « coefficienter » son rôle, à savoir que la Liberté permet l’émergence s’un ordre social supérieur. »

«... C’est aux Temps modernes que les théoriciens vont peu à peu comprendre que, dans les trois domaines de la vie intellectuelle, de la vie politique et de la vie économique, l’interaction spontanée des hommes produit des réalisations plus complexes et efficientes que les types antérieurement connus d’organisations sociales... »

Dans le domaine intellectuel, c’est la République des Lettres, terme par lequel on désigne la communauté virtuelle de lettrés, de penseurs et de savants qui à la Renaissance, dépassant les frontières se réunissent autour de valeurs proches ou partagées et du débat d’idées qui illustre au mieux cette organisation nouvelle et supérieure dont la caractéristique est l’organisation spontanée.

La compréhension ancienne de la Liberté opposait celle-ci à l’ordre et obligeait en conséquence la société à la recherche d’un point d’équilibre entre un principe hiérarchique et directif et l’action libre des individus.

La compréhension moderne déplace ce débat et constate que la Liberté individuelle partout fait émerger un ordre spontané ;

« Les penseurs des Temps modernes ont donc compris qu’il existe un autre type d’ordre, au delà des ordres naturel et artificiel identifiés depuis les Grecs : l’ordre spontané, un ordre qui vit de Liberté au lieu d’être détruit par lui. »

Ce repositionnement de la Liberté, productrice et non destructrice d’ordre ouvre la voie aux sociétés modernes et s’oppose au féodalisme puis à l’absolutisme. Le temps des Révolutions qui va ensuite s’ouvrir avec les bouleversements Hollandais et Anglais, pour se poursuivre entre autres en Amérique et en France jusque dans la deuxième moitié du XIXe siècle, apparaît alors comme la traduction politique de cet ordre spontané initié au Moyen-Age en amont même de la Renaissance.

Dès lors, c’est tout le débat sur le rôle et l’importance de la Liberté, y compris dans le monde d’aujourd’hui qui se présente sous un jour nouveau. La défense de la Liberté contre les extrémismes totalitaires utopistes ou théologiques passe par l’élargissement de la Liberté sur l’ensemble de la planète.

La volonté d’introduire la démocratie comme forme politique de la Liberté et moyen d’assurer la perpétuation de celle-ci, position si décriée de la diplomatie Américaine, est le biais par lequel les sociétés Africaines ou Asiatiques peuvent s’affranchir non seulement des despotes et de la corruption, mais aussi de la misère et du sous développement.

A coup sur le progrès ne passe pas obligatoirement par le fait de copier l’Occident en tout et chaque société dispose de sources qui lui sont propres pour créer une société libre.

Mais inversement l’empressement des anti-Américains,des tiers-Mondistes et alter mondialistes divers pour affirmer que la Liberté et la démocratie ne s’exportent pas apparait comme le dernier avatar du mépris de l’Occident pour le reste du Monde. N’exportons pas cette Liberté dont nous ne pourrions nous passer et qui a si bien réussi pour notre propre essor économique à ceux qui en sont privés, affirment niaisement ces bons apôtres.

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