mardi, février 28, 2006

Après le Meurtre d’Ilan Halimi



Le meurtre horrible d’Ilan Halimi a précipité encore plus la France, volens nolens, sur la pente nauséeuse de l’antisémitisme, des racismes et de la violence. Au-delà des masques hideux de haine qui se laissent voir de plus en plus fréquents et désinhibés, il y a toutes les définitions mal établies sur l’identité de la France, les passés troubles qui ne passent pas, les passés glorieux que l’on a réécrits, dévoyés ou dévalués, notre société et son prétendu modèle social trop longtemps couverts de mensonges faciles qui ont cours, fausse monnaie dont on découvre peu à peu qu’elle ne paie plus.

Ilan Halimi kidnappé, torturé parce que supposé riche, et supposé riche parce que juif, tel est de l’aveu même des criminels, la définition d’un crime antisémite qui correspond si bien aux préjugés pluri centenaires que l’on croyait congédiés et qui reviennent par le biais des « jeunes » immigrés ou « gaulois », parés de la même bêtise crasse et meurtrière qui a empli les rangs de la Milice en d’autres temps.

Certains ne voient dans ce meurtre, qu’un crime crapuleux. Consciemment ou non, ils sont soucieux de recouvrir la marque infamante de l’antisémitisme, comme si le mal était censé se dissoudre dans le déni. Ce sont toujours, au mieux les naïvetés des inconscients, au pire les mêmes mensonges hypocrites.

Bizarrement l’antisémitisme qui a toute une histoire bien établie, qui est défini, son passé mille fois cerné, devient invisible dans notre société comme s’il avait disparu depuis 1945. Comme si aujourd’hui les marais anciens des préjugés antisémites français, n’étaient points alimentés et rejoints par les torrents de boue déversés par satellite, sur Internet, et via milles autres canaux, par les islamistes divers.

Car qu’est-ce que le meurtre d’Ilan, sinon le produit de ce magma, qui réunit des « jeunes », d’horizons divers autour de la bêtise, la délinquance et la haine, magma trop longtemps ignoré, excusé, voire toléré? Reconnaître ce crime pour ce qu’il est, revenir sur ce qui caractérise l’antisémitisme, reprendre l’histoire, c’est le mérite de Libération qui publie un article honorable et cite Jacques Attali : «.... qui a justement écrit un livre sur ce sujet (les Juifs, le monde et l'argent, Fayard), «Il y a deux sources à l'antisémitisme dans l'histoire, Dieu et l'argent. L'antisémitisme a toujours accusé les Juifs de déicide ou de monopoliser l'argent. On déteste les Juifs parce qu'ils ont inventé le monothéisme et on déteste les Juifs parce qu'on les a forcés à faire des métiers d'argent.» Le système féodal avait en effet interdit aux Juifs d'être paysans, de posséder des terres, de porter des armes. Restait l'argent. «Les chrétiens et les musulmans ont obligé les Juifs à être prêteurs au point qu'on ne les autorisait pas à s'installer en Europe ou en Islam s'ils ne prêtaient pas d'argent. Et puis ensuite on les virait ou on les tuait», précise Jacques Attali, pour qui le meurtre d'Ilan Halimi est «un acte isolé de barbares, comme ils s'appellent, mais il révèle clairement que les deux fondements de l'antisémitisme sont toujours là : la religion et l'économique. Dire que ce meurtre n'est pas antisémite est une méconnaissance de l'histoire.» Et l'histoire, qui commence au VIIIe siècle, se perpétue jusqu'aux temps modernes. Shmuel Trigano, auteur d'un essai ­« l'Avenir des Juifs de France » (à paraître le 14 mars, Grasset) ­, rappelle "qu'au XIXe siècle encore les nouveaux courants socialistes dénonçaient les Juifs et l'argent et s'en prenaient aux quelques banquiers juifs européens alors que l'ensemble des communautés juives d'Europe vivait dans une grande pauvreté." (Par Annette LEVY-WILLARD; Libération; jeudi 23 février 2006 ).

Pourtant à bien considérer le meurtre d’Ilan est aussi au-delà de l’antisémitisme. Comme s’il dépassait sa propre circonstance aggravante. L’état d’une société se mesure souvent à la situation faite aux juifs et le meurtre antisémite de Bagneux révèle la déshumanité qui nous menace.

Depuis l’assassinat d’Ilan Halimi, un autre kidnapping avec tortures et meurtre a été commis. Dans le Doubs, un homme de 54 ans a été enlevé, séquestré puis tué. Cette fois aussi la victime était supposée riche, elle n’était pas juive, mais quand même tabassée à mort par des voisins qui voulaient son argent.

Ce meurtre ne banalise pas celui d’Ilan, ni ne lui ôte les circonstances aggravantes qu’il revient à la justice d’établir. Il indique au contraire combien le mal est profond. C’est en ce sens que j’ai participé avec émotion et colère à la manifestation de dimanche dernier, contre l’antisémitisme, contre la violence, la barbarie qui menace, pour la tolérance, ce composant de base de la Liberté, sans laquelle aucune démocratie politique ne saurait se maintenir, pour l’Homme !

De cette belle manifestation pourtant silencieuse, reste un trouble. Sa composition très largement, essentiellement juive, au delà des personnalités politiques, témoigne aussi au mieux de l'incompréhension par la société française des menaces qui l'enveloppent peu à peu, et au pire de l'isolement de la communauté juive, qui dimanche brandissait pourtant en nombre les drapeaux français.

Or dans l'histoire, qu'est-ce que l'isolement des juifs, sinon une étape bien connue de tout les processus antisémites?

Lire aussi
Autour de l'Humanisme
Autour du Tragique, du Trivial et de l'Indifférence de Masse

samedi, février 25, 2006

Autour de Sebastien Castellion et Jean Calvin


Conscience contre Violence, de Stefan Zweig, est consacré au combat pour la Liberté de conscience engagé par Sébastien Castellion, contre la tyrannie théologique instaurée par Jean Calvin, à Genève, à partir de 1538

Stefan Zweig écrivain et romancier intimiste a livré, en 1938 dans le crépuscule de son siècle, un ouvrage surprenant, qui révèle le personnage de Sébastien Castellion, précurseur de Locke, Hume et Voltaire dans une lutte inégale pour la justice, la vérité, la Liberté d’expression et de conscience. Face à Castellion, Calvin devenu tyran de Genève, précurseur lui aussi, mais du totalitarisme, édificateur d’un ordre religieux rigide, envahissant et inquisiteur.

Le terme d’inquisiteur pour parler du système Calviniste paraîtra incongru au lecteur non averti, tant les fidèles de la Réforme ont eu à souffrir de la Sainte Inquisition. Il ne surprendra pas celui qui achève le livre de Zweig où est exposé la dictature théocratique instaurée à partir de 1538 sur les bords du lac Léman.

En effet le Calvin, scolaire et officiel, que retient par exemple l’histoire de France, n’est pas le prêcheur tout en raideur de Genève, mais celui qui dans la jeunesse de son livre mémorable, « l’Institution de la Religion Chrétienne » en 1535, réclamait à François Ier la Liberté de conscience pour l’église réformée.

D'où vient ce décalage etre l'histoire et la mémoire? L'effet d’une culpabilité qui cumule la saint Barthélemy, la révocation de l’édit de Nantes et les dragonnades ? L'habituelle étroitesse française qui rétrécirait ici l’histoire au sort tragique des huguenots persécutés ? Un raccourci simplificateur sur le protestantisme qui fût aussi une des forges de la Liberté ? Ou tout simplement oubli d’un personnage, Castellion, qui n’eut que le tort d’éclairer un siècle aussi obscur, à l’orée des guerres de religion, de lumières trop précoces ?

Castellion est un esprit ouvert, scientifique et savant. Il représente presque idéalement ces hommes des décades qui suivent la Renaissance, puis l'Humanisme et conduisent à la Réforme avant d’échouer dans les bourbiers et les bûchers des guerres de religion.
Dans cette période la figure de Castellion brille nettement des lumières humanistes, ces lueurs avancées des Lumières.
Lorsque la Réforme apparaît, Castellion est entraîné par son souffle libérateur, mais il n’abandonne pas les idées d’Erasme. Le retour de l’homme aux Evangiles est une libération, non une soumission.

Calvin au contraire, est dans sa conception théologique un esprit de fer. Pour Calvin et c’est là un des aspects majeurs de sa conception théologique, les chemins de l’homme sont méprisables, seule compte la voie de Dieu. : « Pour élever le plus haut possible le divin, au dessus du siècle, il rabaisse le terrestre le plus bas possible ; pour donner à dieu la dignité la plus haute, il réduit la dignité de l’homme. » (Conscience contre Violence).

Le calvinisme est une révolte contre Rome, la revendication d’une orthodoxie retrouvée. Cette insurrection n'a pas de continuité avec les contours charnels de la Renaissance, les perspectives de l’humanisme, la fugace esquisse d’un territoire de l’individu qu’il faudra encore des siècles pour définir.
Calvin est dans la Réforme, mais celle-ci n'est pas tout entière en lui.

Calvin écrit dans l’Institution Chrétienne : « Si l’on juge l’homme d’après ses dons naturels on ne trouve pas en lui de bonté. Le peu qu’il y ait de louable en lui, il le doit à la grâce de Dieu…..Les meilleures choses qui proviennent de nous sont contaminées, viciées, corrompues, par les impuretés de la chair… »

Dans ces conditions que peut apporter à l'homme, la Liberté sinon le mal? Il ne peut en faire qu’un mauvais usage. La tache du Consistoire est révélatrice en ce qu’il doit : « surveiller la communauté afin que Dieu soit proprement honoré. » Seule la plus complète intrusion dans la vie privée des individus, seul l’encouragement à la dénonciation peut atteindre cet objectif.

Et de la Genève calviniste, Stefan Zweig écrit: « Jour et nuit coule le flot trouble de la délation, maintenant sans cesse en mouvement la roue de l’inquisition calviniste ». Magnifique formule dont le mécanisme est parfaitement transposable aux autres systèmes totalitaires religieux ou non, de droite ou de gauche.

Calvin a été pourtant l'opposant du roi de France dont le royaume est déjà engagé sur la voie du Léviathan, cet Etat d'abord construit autour d’une « bande armée ». Mais Calvin n’est pas le négateur de l’absolutisme qui se dessine. Son église est lovée au cœur du pouvoir, fût-il municipal, son intolérance est mesquine, mais son intransigeance est faite de certitudes dogmatiques. Face à la monarchie il ne représente que l’autre versant de l’autoritarisme, à Genève, il établit sa tyrannie théocratique comme un Machiavel doctrinaire.

La rencontre de Castellion et de Calvin à Genève ne pouvait donc être qu’un choc, modeste dans l’ampleur, radical par l’envergure.
Avant l’affrontement déterminant qui verra Castellion s’élever contre le meurtre de Michel Servet, ils s’opposent déjà.

« A Genève, lors de l’épidémie de peste de 1542 à 1545 pourtant aucun pasteur du Consistoire ne se présente pour soulager les victimes, à l’exception du directeur du collège Sébastien Castellion qui n’étant pas pasteur ne peut se voir confier cette tâche. En 1543 le consistoire, Calvin en tête avoue ne pas avoir la constance de mener cette tâche. » (Conscience contre Violence).

L’infaillibilité étant la légitimité des dictateurs, celle de Calvin est atteinte par cette épidémie, quand bien même sur ordre du Conseil on fait arrêter quelques miséreux qui, torturés, avouent avoir souillé les loquets des portes avec les excréments du Diable.
Mais une fois évanouie ou partiellement dissipée l'infaillibilité des hommes de pouvoir ou de Dieu, il reste les hommes. Calvin n'a pas passé l'épreuve de la peste, qui dans l'impuissance du temps est autant une épreuve de courage que de compassion.

La peste avant de les séparer, les avait pourtant réunis déjà en 1538 à Strasbourg. Castellion qui logeait chez Calvin, alors pasteur de la paroisse francophone de la ville, avait déjà montré quel type d’homme il était.
Il avait soigné les malades de la peste, alors que Calvin était en voyage en Allemagne, à Ratisbonne, pour des négociations avec les luthériens et les catholiques. Pour son courage et son dévouement Calvin le remerciera beaucoup.

Cependant à Genève, dans l'esprit du temps ils s’affrontent ensuite sur un point secondaire de doctrine, la place et l’interprétation à donner au Cantique des cantiques.
Peu importe que Castellion soit lui aussi choqué par ce poème érotique (lascif, écrit Calvin). Mais ils en tirent des conclusions opposées, bien explicitées sur le site de Theolib « Dans la ligne de la tradition exégétique du Moyen Age, Calvin, pourtant en général plutôt hostile à ce type d'interprétation, en propose une lecture allégorique. Les deux amants du poème seraient Dieu et l'âme croyante, ou le Christ et l'Église. Castellion juge insoutenable, indéfendable, contraire à la méthode humaniste cette lecture. Le Cantique des cantiques est pour lui un poème charnel qu'on a introduit par erreur dans la Bible. Il faut, pense-t-il, l'en enlever, le rendre à la littérature profane. » ( www.theolib.com/castellion.html ).

Confronté à une difficulté d’interprétation, de nature à remettre en cause sa vision des Ecritures, Calvin se raccroche à une analyse moyenâgeuse, quand Castellion voit clairement la dimension humaine du poème.

Calvin fera bannir Castellion qui se réfugie à Bâle, la route de Calvin et celle de Castellion semblent séparées. Pour quelques temps seulement…….

Lire aussi
Avec une Dissidente de l'Islam

Et suite:
Autour du Meurtre de Michel Servet
Servet, Calvin, Castellion, le Choc des Consciences

A Propos de Platon et Epicure


Socrate, Antisthène, Platon, Aristote, Epicure, Chrysippe et Carnéade

Michel Onfray, dans l’ouvrage « Les Sagesses Antiques », publié ce mois, livre une intéressante opposition entre le jardin d’Epicure et la cité de Platon. Le Jardin serait une anti-République de Platon. On devine qu'il ne s'agit pas d'une querelle d'urbanistes. Le Jardin est « …un havre de paix dans lequel on ne promet pas le bonheur pour demain, dans un autre monde, une autre vie, mais ici et maintenant, avec le corps que l’on a, en étant ce que l’on est….. », tandis que la Cité de Platon est « parfaite parce que idéale et inexistante, elle rutile, mais sous de faux ors, elle brille mais à la manière de décors de théâtre inhabitables… L’épicurisme crée du réel, même modeste, là où le platonisme fabrique de la fiction - grandiloquente en plus…. »

Epicure est-il le chantre antique du droit des individus ou une source de l’individualisme refuge des dérives de la Cité, communauté totalisante capable de faire boire la ciguë à Socrate ?

La Cité de Platon peut-elle se résumer à une légitimité accordée aux mensonges quand ils seraient pour le bien de la République même si sa prétention à organiser la vie privée, les plaisirs au nom du bien, est la marque des totalitaristes de toujours ?

L’opposition antique entre la Cité et le Jardin remet aussi en cause la fracture souvent exagérée entre les Anciens, coupables de méconnaître l’Individu, et les Modernes.

Epicure se situe au-delà des seules vertus du plaisir, son individualisme n’est pas strictement celui des Modernes, l’égoïsme aveugle et parfois indifférent du XXe siècle. Pour s’ériger en quête du plaisir, il doit abolir, selon l’expression de Jean François Revel « …la crainte des dieux et la crainte de la mort… » (Histoire de la philosophie occidentale). Par leurs prétendues interventions omniprésentes dans la vie des hommes, les dieux sont une entrave au plaisir autant que la crainte de la mort.

Epicure est donc un libérateur qui remet les dieux en place dans des « inter mondes, où ils ne se mêlent nullement des affaires des humains » (Histoire de la philosophie occidentale). Epicure libère les hommes de la crainte des dieux et leurs prétentions à déterminer les hommes, quelques siècles après qu’Abraham, avant lui, ait brisé les idoles dans la maison de ses parents.

Comme le patriarche sémite, il libère l’homme de la domination des dieux. Mais lorsqu’ Abraham entreprend la longue route qui le conduira au monothéisme, Epicure, se défie des dieux grecs et affranchit les hommes de leur tutelle. Les dieux étant liés à la vie publique, il amène ainsi les hommes aux chemins du bonheur par le plaisir en rejetant la politique.

Son individualisme est une contestation radicale de la politique. Le Jardin bien plus réalisable que la Cité utopique apparaît à son tour comme un inter monde par rapport à la cité réelle et sous ce jour est aussi l’amorce d’ une fuite individualiste, refuge contre le totalitarisme, mais incapable d’amender la démocratie athénienne.

Lire aussi
Autour de l'humanisme et de ses adversaires
Autour de l'Individu et la Société

vendredi, février 17, 2006

Avec Une Dissidente de l'Islam



Invitée à Berlin le 9 février, Ayaan Hirsi Ali a prononcé un discours de combat, à la suite de l'"affaire" des caricatures de Mahomet, contre l'islamisme et pour la défense de la liberté. La justesse ce ses arguments, la radicalité de cette voix libre devraient la faire connaître de tous les partisans de la Liberté. L'interêt historique de ce manifeste rejoint son interêt politique.
L'énumération des critiques de Mahomet qu'elle effectue va au-delà des caricatures du prophète.
En s'inscrivant dans la continuité du combat des dissidents du communisme Ayaan Hirsi Ali donne une perspective historique à la lutte de ceux et celles qui veulent une réforme radicale de l'Islam.


L'analogie présentée par Ayaan Hirsi Ali avec les dissidents du communisme dépasse les différences qui peuvent exister entre ces deux combats et s' impose comme une évidence.

Lecture recommandée!

"Je suis une dissidente de l'islam", par Ayaan Hirsi Ali

LE MONDE | 15.02.2006

Je suis ici pour défendre le droit d'offenser. J'ai la conviction que cette entreprise vulnérable qu'on appelle démocratie ne peut exister sans libre expression, en particulier dans les médias. Les journalistes ne doivent pas renoncer à l'obligation de parler librement, ce dont sont privés les hommes des autres continents.

Mon opinion est que le Jyllands Posten a eu raison de publier les caricatures de Mahomet et que d'autres journaux en Europe ont bien fait de les republier.

Permettez-moi de reprendre l'historique de cette affaire. L'auteur d'un livre pour enfants sur le prophète Mahomet n'arrivait pas à trouver d'illustrateur. Il a déclaré que les dessinateurs se censuraient par peur de subir des violences de la part de musulmans, pour qui il est interdit à quiconque, où que ce soit, de représenter le Prophète. Le Jyllands Posten a décidé d'enquêter sur le sujet, estimant - à juste titre - qu'une telle autocensure était porteuse de lourdes conséquences pour la démocratie. C'était leur devoir de journalistes de solliciter et de publier des dessins du prophète Mahomet.

Honte aux journaux et aux chaînes de télévision qui n'ont pas eu le courage de montrer à leur public ce qui était en cause dans "l'affaire des caricatures" ! Ces intellectuels qui vivent grâce à la liberté d'expression, mais acceptent la censure, cachent leur médiocrité d'esprit sous des termes grandiloquents comme "responsabilité" ou "sensibilité".

Honte à ces hommes politiques qui ont déclaré qu'avoir publié et republié ces dessins était "inutile", que c'était "mal", que c'était "un manque de respect" ou de "sensibilité" ! Mon opinion est que le premier ministre du Danemark, Anders Fogh Rasmussen, a bien agi quand il a refusé de rencontrer les représentants de régimes tyranniques qui exigeaient de lui qu'il limite les pouvoirs de la presse. Aujourd'hui, nous devrions le soutenir moralement et matériellement. Il est un exemple pour tous les dirigeants européens. J'aimerais que mon premier ministre ait autant de cran que Rasmussen.

Honte à ces entreprises européennes du Moyen-Orient qui ont mis des affiches disant "Nous ne sommes pas danois", "Ici on ne vend pas de produits danois" ! C'est de la lâcheté. Les chocolats Nestlé n'auront plus le même goût après ça, vous ne trouvez pas ? Les Etats membres de l'Union européenne devraient indemniser les sociétés danoises pour les pertes qu'elles ont subies à cause des boycottages.

La liberté se paie cher. On peut bien dépenser quelques millions d'euros pour la défendre. Si nos gouvernements ne viennent pas en aide à nos amis scandinaves, alors j'espère que les citoyens organiseront des collectes de dons en faveur des entreprises danoises.

Nous avons été submergés sous un flot d'opinions nous expliquant que les caricatures étaient mauvaises et de mauvais goût. Il en ressortait que ces dessins n'avaient apporté que violence et discorde. Beaucoup se sont demandé tout haut quel avantage il y avait à les publier.

Eh bien, leur publication a permis de confirmer qu'il existe un sentiment de peur parmi les écrivains, les cinéastes, les dessinateurs et les journalistes qui souhaitent décrire, analyser ou critiquer les aspects intolérants de l'islam à travers l'Europe.

Cette publication a aussi révélé la présence d'une importante minorité en Europe qui ne comprend pas ou n'est pas prête à accepter les règles de la démocratie libérale. Ces personnes - dont la plupart sont des citoyens européens - ont fait campagne en faveur de la censure, des boycottages, de la violence et de nouvelles lois interdisant l'"islamophobie".

Ces dessins ont montré au grand jour qu'il y a des pays qui n'hésitent pas à violer l'immunité diplomatique pour des raisons d'opportunité politique. On a vu des gouvernements malfaisants, comme celui d'Arabie saoudite, organiser des mouvements "populaires" de boycottage du lait ou des yaourts danois, alors qu'ils écraseraient sans pitié tout mouvement populaire qui réclamerait le droit de vote.

Je suis ici aujourd'hui pour réclamer le droit d'offenser dans les limites de la loi. Vous vous demandez peut-être : pourquoi à Berlin ? Et pourquoi moi ?

Berlin est un lieu important dans l'histoire des luttes idéologiques autour de la liberté. C'est la ville où un mur enfermait les gens à l'intérieur de l'Etat communiste. C'est la ville où se concentrait la bataille pour les esprits et les coeurs. Ceux qui défendaient une société ouverte enseignaient les défauts du communisme. Mais l'oeuvre de Marx était discutée à l'université, dans les rubriques opinions des journaux et dans les écoles. Les dissidents qui avaient réussi à s'échapper pouvaient écrire, faire des films, dessiner, employer toute leur créativité pour persuader les gens de l'Ouest que le communisme n'était pas le paradis sur Terre.

Malgré l'autocensure de beaucoup en Occident, qui idéalisaient et défendaient le communisme, malgré la censure brutale imposée à l'Est, cette bataille a été gagnée.

Aujourd'hui, les sociétés libres sont menacées par l'islamisme, qui se réfère à un homme nommé Muhammad Abdullah (Mahomet) ayant vécu au VIIe siècle et considéré comme un prophète. La plupart des musulmans sont des gens pacifiques ; tous ne sont pas des fanatiques. Ils ont parfaitement le droit d'être fidèles à leurs convictions. Mais, au sein de l'islam, il existe un mouvement islamiste pur et dur qui rejette les libertés démocratiques et fait tout pour les détruire. Ces islamistes cherchent à convaincre les autres musulmans que leur façon de vivre est la meilleure. Mais quand ceux qui s'opposent à l'islamisme dénoncent les aspects fallacieux des enseignements de Mahomet, on les accuse d'être offensants, blasphématoires, irresponsables - voire islamophobes ou racistes.

Ce n'est pas une question de race, de couleur ou de tradition. C'est un conflit d'idées qui transcende les frontières et les races.

Pourquoi moi ? Je suis une dissidente, comme ceux de la partie est de cette ville qui passaient à l'Ouest. Moi aussi je suis passée à l'Ouest. Je suis née en Somalie et j'ai passé ma jeunesse en Arabie saoudite et au Kenya. J'ai été fidèle aux règles édictées par le prophète Mahomet. Comme les milliers de personnes qui ont manifesté contre les caricatures danoises, j'ai longtemps cru que Mahomet était parfait - qu'il était la seule source du bien, le seul critère permettant de distinguer entre le bien et le mal. En 1989, quand Khomeiny a lancé un appel à tuer Salman Rushdie pour avoir insulté Mahomet, je pensais qu'il avait raison. Je ne le pense plus.

Je pense que le Prophète a eu tort de se placer, lui et ses idées, au-dessus de toute pensée critique.

Je pense que le prophète Mahomet a eu tort de subordonner les femmes aux hommes.

Je pense que le prophète Mahomet a eu tort de décréter qu'il fallait assassiner les homosexuels.

Je pense que le prophète Mahomet a eu tort de dire qu'il fallait tuer les apostats.

Il avait tort de dire que les adultères doivent être fouettés et lapidés, et que les voleurs doivent avoir les mains coupées.

Il avait tort de dire que ceux qui meurent pour la cause d'Allah iront au paradis.

Il avait tort de prétendre qu'une société juste pouvait être bâtie sur ses idées.

Le Prophète faisait et disait de bonnes choses. Il encourageait la charité envers les autres. Mais je soutiens qu'il était aussi irrespectueux et insensible envers ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui.

Je pense qu'il est bon de faire des dessins critiques et des films sur Mahomet. Il est nécessaire d'écrire des livres sur lui. Et tout cela pour la simple éducation des citoyens.

Je ne cherche pas à offenser le sentiment religieux, mais je ne peux me soumettre à la tyrannie. Exiger que les hommes et les femmes qui n'acceptent pas l'enseignement du Prophète s'abstiennent de le dessiner, ce n'est pas une demande de respect, c'est une demande de soumission.

Je ne suis pas la seule dissidente de l'islam, il y en a beaucoup en Occident. Et s'ils n'ont pas de gardes du corps, ils doivent travailler sous de fausses identités pour se protéger de l'agression. Mais il y en a encore beaucoup d'autres à Téhéran, à Doha et Riyad, à Amman et au Caire, comme à Khartoum et Mogadiscio, Lahore et Kaboul.

Les dissidents de l'islamisme, comme ceux du communisme en d'autres temps, n'ont pas de bombes atomiques, ni aucune autre arme. Nous n'avons pas l'argent du pétrole comme les Saoudiens et ne brûlons ni les ambassades ni les drapeaux. Nous refusons d'être embarqués dans une folle violence collective. D'ailleurs, nous sommes trop peu nombreux et trop dispersés pour devenir un collectif de quoi que ce soit. Du point de vue électoral, ici en Occident, nous ne sommes rien.

Nous n'avons que nos idées et nous ne demandons que la possibilité de les exprimer. Nos ennemis utiliseront si nécessaire la violence pour nous faire taire. Ils emploieront la manipulation ; ils prétendront qu'ils sont mortellement offensés. Ils annonceront partout que nous sommes des êtres mentalement fragiles qu'il ne faut pas prendre au sérieux. Cela n'est pas nouveau, les partisans du communisme ont largement utilisé ces méthodes.

Berlin est une ville marquée par l'optimisme. Le communisme a échoué, le Mur a été brisé. Et même si, aujourd'hui, les choses semblent difficiles et confuses, je suis sûre que le mur virtuel entre les amoureux de la liberté et ceux qui succombent à la séduction et au confort des idées totalitaires, ce mur aussi, un jour, disparaîtra.

Ayaan Hirsi Ali

Ayaan Hirsi Ali, d'origine somalienne, est députée au Parlement néerlandais, membre du parti libéral VVD. Scénariste du film Submission, qui valut à Theo Van Gogh d'être assassiné par un islamiste en novembre 2004, elle vit sous protection policière.

Lire aussi:

A Propos des Caricatures de Mahomet


lundi, février 13, 2006

A Propos des Caricatures de Mahomet.



La publication en septembre 2005 par le journal danois Jyllands-Posten de 12 caricatures du prophète Mahomet et les réactions violentes et indignées des communautés musulmanes qui ont suivi, posent des questions de sociétés et de civilisations, en même temps que des choix politiques et stratégiques majeurs pour les partisans de la Liberté en Occident ou dans les pays musulmans.

C’est l’imbrication parfaite de choix politiques essentiels avec des enjeux de civilisations qui donne toute son importance à ces événements.

En effet les caricatures publiées au Danemark sont avant tout des caricatures politiques. On peinerait à y voir une attaque raciste ou ethnique contre l’Islam. Deux d’entre elles, celle qui figure une bombe dans le turban du prophète et celle qui le voit tenter de freiner l’ardeur des candidats aux attentats suicides en leur annonçant une pénurie de vierges au Paradis, renvoient directement à l’instrumentalisation de l’Islam par les groupes terroristes.

Ce sont des miroirs de l’islamisme réel, comme il y avait au temps de l’U.R.S.S., le socialisme théorique et le socialisme réel, le second incarnant dans la politique, les mirages du premier.

Certes l’Islam est d’abord une foi et en tant que telle un enseignement suivi par des centaines de millions d’individus. Mais ceux-ci se trouvent de plus en plus prisonniers de la manipulation politique de leur culte par les divers groupes islamistes. Depuis Al-Kaïda jusqu’au Hamas et aux Frères Musulmans, des salafistes sunnites aux intégristes chiites du Hezbollah et ses parents iraniens, le visage politique extrémiste de l’Islam, l’emporte sur la foi, la morale et la tolérance. C’est une tendance lourde, les musulmans modérés pris ainsi en otage finiront par suivre les extrêmes devenus l’Islam réel ou alors ils devront dans un contexte difficile, se rebeller.

Cette rébellion ne se lèvera pas aisément. Lorsque des dictatures théocratiques sont installées comme le wahhabisme saoudien ou la tyrannie des mollahs chiites iraniens, la sédition des esprits libres est difficile. De même lorsque des régimes militaro policiers sont en place comme en Algérie, en Tunisie, ou en Égypte, l’opposition libérale est cernée entre le pouvoir et les groupes islamistes opposants. La voie de la Liberté apparaît plus ardue et moins rassurante que les chemins anciens de la tradition religieuse fût-elle falsifiée.

Si la Liberté se lève en terre d’Islam et parmi les communautés musulmanes en Occident, elle ne pourra guère trouver dans l’histoire de l’islam et du monde musulman les fondements de cet élan, ou encore son inspiration dans le Coran, sans entreprendre une réforme profonde, sans initier les ruptures nécessaires avec une histoire qui fût aussi faites de massacres, de domination, d’intolérance et d’esclavagisme.
Or les réformes religieuses se font plus aisément vers le conservatisme au nom de l’orthodoxie que vers le modernisme allié à la foi.
En conséquence l’attitude de l’Occident est déterminante. Le conflit avec l’islamisme est bien plus qu’un affrontement politique, le terme dénigré de choc des civilisations le décrit pourtant manifestement mieux. Il est donc indispensable que l’Occident n’abdique pas ses valeurs, ne pactise point avec les dictateurs orientaux, ne renonce pas à l’universalisme de son message, Bref l’Occident ne doit pas parler et agir au nom de lui-même, mais au nom de l’humanité. Cette ambition il ne la peut qu’en démontrant que ce qui est en cause, c’est l’affrontement entre la Liberté et le totalitarisme théocratique.
Seule cette attitude favorise le choc au sein de l’islam, et la levée de voix musulmanes modernistes, conditions nécessaires d’une victoire globale de la Liberté.

Pourtant au sein même de l’histoire de l’islam, les faits, les traditions, les enseignements peuvent être trouvées qui contredisent les prétentions islamistes. Ainsi la représentation du prophète Mahomet n’a pas toujours été un interdit ou une hérésie. Comme l’indique, l’universitaire Jean-François Clément, « On la trouve, en effet, depuis l'Inde de la période moghole jusqu'à l'Empire ottoman et en Perse, et cela du XIVe au XVIe siècle. Les théologiens persans, indiens ou turcs ont toléré la représentation de figures humaines, des anges et même du Prophète….. ».
Or cette iconographie ne se poursuit pas aux XVIIe et XVIIIe siècles. « Cette capacité représentative, qui aurait pu être le début d'une sorte de Renaissance musulmane, a été tuée dans l'œuf ». Il n’échappe pas que cette crispation, si elle n’est pas parfaitement concomitante du déclin de la civilisation islamique, le précède et l’accompagne.
C’est pourquoi les hommes politiques, les commentateurs et les medias occidentaux, au lieu d’opiner benoîtement aux affirmations de blasphème et d’hérésie, qui renforcent les tenants de l’islam extrémiste doivent renvoyer ceux-ci à leur obscurantisme et encourager, défendre et accueillir ceux qui au risque de leur vie et de leur honneur souhaitent concilier leur foi et la Liberté.

Certes, il est important de définir les frontières de la Liberté d’expression et du respect de la foi, c’est aussi un combat pour la Liberté que d’admettre les croyances d’autrui, et c’est bien plus qu’un intéressant sujet de réflexion, mais un enjeu majeur que de distinguer la place de la religion dans une société libre. La tolérance, qui ne saurait être à sens unique, est précisément un des premiers et des plus essentiels composants de l’équation d’une société libre.

Aussi avant d’envisager la dimension politique de la controverse et des affrontements planétaires générés au prétexte de la publication de ces dessins, convient-il de s’interroger sur un éventuel manque de respect envers les musulmans.

Les caricatures n’ont pas dénigré l’islam en tant que tel, mais son abus par les extrémistes et terroristes. Mais comme l’a noté Elisabeth Schemla : « Faire d'un prophète vénéré par un milliard de musulmans le coupable générique de tels dévoiements, c'est inutilement insulter tous ses fidèles, sans distinction, c'est porter atteinte au fondement même de leur identité…. ».
Le combat pour la Liberté n’a rien en commun avec le dénigrement d’une ou des religions et tout à voir avec le rejet de l’intolérance, du fanatisme et de l’obscurantisme. Pour combattre ceux-ci, ne portons pas atteinte à la foi !

Cependant Mahomet n’est pas Allah, mais son émissaire. Irshad Manji, auteure de “The Trouble with Islam Today » (St. Martin's Press, 2005), rappelle sur son site Muslim-refusenik.com , lorsque les islamistes affirment que représenter le prophète conduirait à l’idolâtrie, « c’est eux qui en mettant le prophète sur un piédestal, s’engagent vers l’idolâtrie. L’essence du monothéisme est de n’adorer qu’un seul Dieu, mais pas un de ses émissaires. »

Sur le terrain même de l’islam la polémique pourrait être longue et fructueuse si elle était ouverte et libre. Ce n’est pas le cas !

Tout dans cette affaire indique au contraire la manipulation obscurantiste et totalitaire. Depuis ces « faux » dessins représentant Mahomet en pédophile, en porc ou engagé dans des relations zoophiles avec un chien, jamais publié par le Jyllands-Posten, mais ignominieusement ajoutés par quelques imams extrémistes afin de chauffer à blanc des fidèles. Certains medias occidentaux peu scrupuleux et prompts à voler au secours de l’islamisme se sont d’ailleurs sans plus de vérifications fait les diffuseurs de ces mensonges et calomnies.
Enfin il apparaît que les dictatures iraniennes et saoudiennes autour du sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (O.C.I.) en décembre à La Mecque ont encouragé, voire co-ordonné la protestation. Le communiqué du sommet mentionne en effet « l'utilisation de la liberté d'expression comme prétexte pour diffamer les religions ».

Les dictatures arabes, les théocraties musulmanes ont toujours été promptes à dénoncer les blasphèmes commis par les occidentaux pour mieux détourner l’attention des crimes perpétrés par ces mêmes régimes contre leurs peuples. Ils ont aussi vu ici l’occasion de montrer les « risques » que la liberté d’expression à l’occidentale faisait courir envers la foi, la tradition et la culture musulmane, telles qu’eux-mêmes la définissent. Alors qu’avec l’appui de l’administration américaine un mouvement en faveur de la Liberté et de la démocratie se dessine dans le monde musulman, les dictatures diverses ont vu l’occasion d’une "insurrection musulmane" contre la démocratie à l’occidentale. Face à l’Occident devenu le promoteur de la Liberté, la religion, avec toute sa force explosive, avec le fanatisme de son versant obscurantiste, sert d'identité de substitution. Mais cette identité, qui comprend le refus de la réforme nécessaire de l’islam, le refus de sa séparation d’avec les états et la négation des valeurs universelles de Liberté, est autodestructrice, ceux qui s’y retrouvent militent pour leur propre oppression.

En 1989 déjà la fatwa prononcée contre l’écrivain Salman Rushdie participait de la même logique.
Ici, précisément chaque dictature « nationale » a trouvée dans cette affaire, matière à « arranger » ses propres affaires. Les militaires algériens y ont vu une occasion de plus d’affirmer leur orthodoxie religieuse, les princes saoudiens de faire oublier le catastrophique dernier pèlerinage à La Mecque ou 315 pèlerins ont péri étouffés et piétinés, Assad et la clique fasciste de Damas ont trouvé l’occasion de détourner l’attention de leurs crimes au Liban, et d’effrayer les commissions d’enquêtes sur l’assassinat de Rafic Hariri et de Gibran Tueni, l’Iran d’Ahmadinejad et des mollahs enfin, a repéré le moyen de faire pression sur la future présidence du Conseil de Sécurité de l’O.N.U., assurée justement par le Danemark, au moment où Téhéran va être déféré devant ce conseil pour sa politique de développement supposée d’armes nucléaires.

Pour Assad, comme pour Almenidjad, parfaites incarnations d’un axe du mal, hier moqué comme une création néo-conservatrice américaine et aujourd’hui irréfutable, la fin justifie les moyens. A Damas les édifices diplomatiques danois et norvégiens n’ont pas été brûlés par les masses arabes en colère, mais par une rue manipulée sinon organisée directement par l’appareil d’état. A Beyrouth de nombreux syriens et palestiniens ont été arrêtés pour les mêmes actions, tandis que des cars entiers ont été vus charriants de la Bekaa, encore sous « influence » syrienne les manifestants qui quelques heures plus tard étaient censés représenter la foule libanaise en colère. A Téhéran une fois de plus on a dénoncé l’islamophobie de l’Occident et on s’est livré à une comparaison scandaleuse entre les caricatures de Mahomet et les mensonges négationnistes dont le régime iranien s’est fait le sinistre champion.

Mais la manipulation étatique de la religion que pratiquent avec assiduité ces régimes s’accompagne aussi de plus en plus de l’instrumentalisation de la religion par les courants extrémistes comme les Frères Musulmans qui cherchent à prendre le contrôle de la rue arabe y compris envers et contre d’autres régimes, notamment en Égypte et dans le Maghreb, mais aussi dans l’objectif de soustraire à l’influence occidentale, les communautés musulmanes immigrées.

Toutefois si les partisans de la Liberté arrêtaient là leur analyse, ils commettraient une erreur très grave. L’Intifada des caricatures est bien plus qu’un mouvement défensif des dictatures crispées dans des manœuvres diplomatiques ou de groupuscules extrémistes et prosélytes cherchant à limiter l’influence des valeurs occidentales. L’alliance islamo fasciste, assurée de la force que lui procure les revenus pétroliers, agitant les menaces de mort et orchestrant les protestations de rue, exporte peu à peu en Europe le système répressif qui domine le Moyen-Orient.
Et ils progressent ! Le Hezbollah ose déjà réclamer de l’Occident, une loi contre le blasphème. Des menaces de mort ou d’attentats sont lancées contre les journalistes. Cette pratique fascisante n’est pas faite de rodomontades, hier Théo Van Gogh était assassiné à Amsterdam pour avoir critiquer l’Islam dans un de ses films. Tandis que le poison de la terreur paralyse certains, les hommes politiques font presque tous preuve d’indécision ou pratiquent l’apaisement en reculant sur les valeurs de Liberté, se retranchant derrière le respect dû aux religions pour mieux capituler sur l’essentiel.

Ceux qui se gargarisent avec l’idée d’Europe, ceux qui voulaient la constitution européenne et ceux qui la rejetaient en lui reprochant son déficit de valeurs, ceux encore qui se faisaient les chantres de l’indépendance nationale, comme ceux qui siègent à Bruxelles, n’ont pas eu une déclaration de soutien pour le Danemark et les journalistes du Jyllands-Posten !

Le Danemark après avoir fait front plusieurs mois a fini par reculer et le journal a présenté ses excuses, le premier ministre s’est contredit piteusement et des pacifistes danois lamentables à Copenhague comme ailleurs ont été vus à la télévision agitant des pancartes « Sorry » !

Pauvres naïfs et pauvre Europe dont le silence assourdissant ne passe pas inaperçu à Damas, Téhéran et Ryad ! Les regrets gouvernementaux, les excuses des journalistes les condamnent encore plus aux yeux des islamo fascistes, comme les autocritiques à l’ère stalinienne. Et les « Sorry » des pacifistes ne sont compris que comme des aveux de faiblesse.

Les grands medias occidentaux notamment les télévisions au lieu d’être intransigeants sur l’expression de la Liberté, comme ils savent parfois l’être face à leurs gouvernement, se sont tus pour certains, ont prétendus à l’impartialité pour d’autres comme si l’on pouvait être juge entre la Liberté et le mensonge associé à la tyrannie et enfin nombreux ont donné toute leur place aux images filmées des protestataires fussent-ils quelques centaines ou quelques milliers, dès lors que bons élèves de la propagande médiatique ils savaient brûler devant des caméras des drapeaux occidentaux ou vandaliser des centres culturels.

Le comble de la honte revenant à Nestlé qui ne veut pas être pris pour un producteur danois.
Après que le lait en poudre Nido, marque phare du groupe suisse, a été inclus dans la liste des produits danois à boycotter par les organisateurs de la campagne en Arabie saoudite, Nestlé a publié un encart publicitaire en première page du quotidien panarabe Asharq al-Awsat. Au-dessus du logo Nido, un slogan clamait : "Ce n'est ni produit au Danemark ni importé du Danemark". Et le fabricant laitier de préciser : "Les honorables consommateurs peuvent s'assurer de l'origine de nos produits en vérifiant les emballages".
Les entreprises pas plus que les individus n’échappent au dilemme de la fin et des moyens !

Tandis que des journalistes courageux à Paris comme à Amman ont osé reprendre les caricatures danoises, certains que la provocation n’est pas dans la plume, mais dans la défiguration de l’islam par les terroristes, la lutte pour la Liberté s’est invitée chez nous, alors même que nombre d’européens préoccupés d’égalitarisme économique, de pacifisme et de matérialisme consumériste l’avaient relégué aux musée de l’histoire, estampillée bonne pour les « ricains ».

Là on a forgé avec la religion, le bouclier et le glaive les plus solides contre la Liberté, armés de la foi et de la tradition et du sacré. Ici on hésite à brandir les valeurs fortes issues des révolutions anglaise et française qui selon l’expression de l’universitaire Mohamed Harkoun, spécialiste de l’Islam ont pourtant : "consacré une rupture décisive avec la symbolique religieuse et produit l'avènement de la raison et des Lumières, qui sont l'impensé de la pensée musulmane".

L’affrontement de la religion avec la Liberté, que l’on croyait oublié depuis un siècle, voilà le champ de bataille rêvé par les uns, précisément parce qu’il est déjà partiellement déserté par les autres. Le choc des civilisations n’est pas le souhait des partisans de la Liberté, mais la description du mouvement de l’histoire présente.
Bien sûr la religion, et l’islam, mérite mieux, elle devrait dans son essence, dans sa morale être au contraire enrôlée par la Liberté contre l’obscurantisme et la tyrannie ! Cela ne peut se faire par la conciliation. Les religions ont toujours été ambivalentes quant à la Liberté, le christianisme s’est amendée sous la critique de la pensée et de la société moderne, l’islam rétracté sur une vision moyenâgeuse de l’individu et du monde n’a guère entamé le début du périple qu’il lui faut accomplir.
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La Liberté doit respecter la foi, comme elle doit respecter tout les territoires des individus. La Liberté d'expression doit-elle ou non s'arrêter à cette frontière du sacré, dès lors qu’il n’est plus l’expression de l’intime, mais le tabou d’un peuple, d’une ethnie ou d’une croyance ?
Passionnant sujet de philosophie, mais périlleux exercice politique, car l’issue de l’affrontement en cours, en cas de recul se paye de notre Liberté !

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A propos des Elections Palestiniennes
Autour de l'Universalité de la Liberté
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mercredi, février 01, 2006

A propos de G**gle China et Google @ Home


Google était jusqu'à présent le principal acteur de l'Internet encore absent de Chine, du moins par le biais d'une filiale. On connaissait les raisons de cette absence, le refus de se plier à la censure de la dictature chinoise, de filtrer les résultats de son moteur de recherches pour en expurger les réponses aux requêtes contraires à l'ordre de Pékin.

Ce n'est désormais plus le cas. Acceptant de se soumettre, Google.Cn censurera les résultats de recherches de termes comme « démocratie » et se rebaptisera de fait G**gle.cn.

Shi Tao, dissident
dénoncé par Yahoo

Quelques semaines après que le dissident Shi-Tao fût trahit par Yahoo qui en livrant son adresse IP, collabora à son arrestation, G**gle s’aligne sur des pratiques de censure, aussi adoptées en Chine par Microsoft.

Bien sûr du point de vue de la concurrence et de la bataille pour le marché chinois de l’information, Google était dans une situation délicate face à ses concurrents ou au Chinois Baidu.com. Désormais G**gle.cn augmentera sans doute sa part de marché, tandis que Google diminuera résolument son autorité morale et sa part de principes.

Certes il n’appartient pas aux entreprises de se substituer à la diplomatie des gouvernements. Le boycott de la Chine par Google ou d’autres entreprises n’est pas envisageable, ni souhaitable. Mais dans le cas d’entreprises d’information et de communication, l’enjeu n’est pas exclusivement lié au business de l’entreprise. Car celui-ci dépend aussi de la fidélité de l’entreprise à sa mission.La mission d'information est toujours liée à la Liberté, faute de voir l'entreprise accomplir des missions pour la dictature.

Google a tranché à sa façon le dilemme de la fin et des moyens. Tout les moyens sont bons semblent signifier le moteur de recherche. Cependant il est des moyens qui amènent à changer de fin, des décisions qui égarent des stratégies.

Le gouvernement chinois fait le pari que le développement économique peut durablement éviter la démocratie et la Liberté. Vu de loin ce nouveau défi chinois semble en bonne voie, pourtant il n’est pas de semaines qui passent sans que ne filtrent les indices de fissures profondes, telles que les manifestations réprimées dans le sang de paysans, ou les catastrophes écologiques aggravées, quand ce n’est pas causées par la bureaucratie ex-communiste qui tient le pouvoir politique et celui de nombre d’entreprises.

A moyen terme l’affrontement entre le peuple chinois et la dictature est hautement probable. Google, Yahoo, Microsoft,… de part leur nature particulière de media devront choisir leur camp. Les choix faits aujourd’hui se représenteront, clairement identifiables par le peuple chinois et les internautes du monde entier. Ce qui peut passer pour un compromis aujourd’hui, créera demain des alternatives dramatiques, quand les censeurs chinois mettront les moteurs de recherches en demeure de respecter des obligations devenues insupportables. Il suffit d’imaginer ce que serait la situation de Google devant un nouveau Tienanmen.

Au même moment « Google@home », c’est à dire aux États-unis refuse de co-opérer à une injonction du Département de la Justice qui lui réclame des informations dans le cadre de la protection de l’enfance, par le biais du Child Protection Act (COPA).

Or malgré la justesse de l’objectif de lutte contre la pédophilie, le COPA est largement critiqué aux États-unis par le risque que des requêtes telles que celle faite à Google par le gouvernement font peser sur la Liberté individuelle. Google a refusé de divulguer les informations demandées. La simultanéité de ces épisodes sur les deux versants de Google, l’américain et le chinois permettront peut-être aux dirigeants de l’entreprise californienne de méditer sur la force du système américain qui s’appuyant sur un état de droit, sur les droits et la Liberté des individus, ainsi que sur la Liberté de la presse permet d’ailleurs de les soutenir aux Etats-Unis tout en les critiquant en Chine.