Autour de l’Angleterre. 1°) Avant l'Angleterre, au temps des révoltes de Caratacus et Boudicca.
Autour de la Liberté en Angleterre, on devine une association particulière de facteurs géographiques, ethniques et religieux. Résistance à l’occupation, christianisme, indépendance politique, choc et fusion des civilisations ont contribué au cours des siècles à constituer des traditions et une conscience nationale singulière qui attribuent à la Liberté une place au cœur de celles-ci et ont fait de leur île, une de ses patries.
L'historienne, Rebecca Fraser par sa monumentale, "A People's History of Britain", nous procure une remarquable introduction à l'histoire de la Grande Bretagne, une histoire dont l'auteure indique justement combien la Liberté en fournit décidément la trame.
L’histoire de l’Angleterre avant l’Angleterre, celle des « anciens Bretons » croise en 55 avant Jésus Christ, celle des Romains qui l’envahisse, menés par César.
L’objectif de César semble avoir été de mettre fin au sanctuaire dont disposait les Gaulois dans l’île, ainsi qu’aux agissements subversifs supposés des druides.
César était confronté aux révoltes des Belges dans le nord-est de la Gaule, les Belges avaient un commerce important avec les habitants de l’île et il espérait ainsi leur porter un coup important en occupant l’île.
Cette invasion lui permettrait aussi d’augmenter sa gloire en étendant les territoires conquis par Rome, en effet dans la société si typiquement militariste de l’empire Romain, gloire pouvoir et guerres de conquêtes étaient fortement liés.
Après un premier débarquement raté, les romains n’ayant guère l’expérience des marées, une nouvelle traversée aboutit à quelques victoires. César cependant ne remporta pas le succès espéré et l’île ne fût pas conquise avant Claude.
La résistance farouche des tribus à l’invasion, le nombre de guerriers dépassant largement celui des légionnaires romains n’était contrebalancée que par les trahisons, querelles et divisions des tribus et de leurs chefs.
A la différence des romains, les peuples celtes, qui s’étaient établis dans l’île depuis presque deux millénaires, formaient des sociétés agraires composées de nombreux peuples, Silures, Iceni, Brigantes, Trinovantes qui rivalisaient souvent et s’affrontaient parfois.
Au cours du premier siècle les Romains firent la conquête de la Bretagne jusqu’à
Claude s’efforça de maintenir de bonnes relations avec les rois et reines des tribus celtes. L’immigration romaine formait l’autre biais de la pacification romaine. Cette immigration se réalisait par la colonisation, des terres étant attribuées aux légionnaires après trente ans de service.
La colonisation, la nostalgie de l’indépendance perdue et peut-être l’aspiration universelle à la Liberté dont le flambeau allait au cours des siècles se maintenir, tenace, au cœur des îles britanniques, inspiraient ces révoltes.
Pourtant la science militaire supérieure des légionnaires et la supériorité de leur équipement, (les combattants celtes ne possédant ni casques, ni cuirasses) firent la différence et la défaite des révoltés. Par
Conduit ainsi que sa famille à Rome, et paradé sous les chaînes, lors du triomphe de Claude, Caracatus fût une fois encore à la hauteur de sa réputation, conjuguant défiance et noblesse du propos. Tacite raconte :
« …On se battait dans les bois, dans les marais, selon le hasard ou le courage, sans plan ou avec méthode, par vengeance ou pour faire du butin, par l'ordre des chefs ou à leur insu. Les plus acharnés étaient les Silures, qu'une parole du général romain, publiquement répétée, enflammait de colère. Il avait dit, en les comparant aux Sicambres, exterminés jadis et transportés dans la Gaule, qu'il fallait anéantir aussi jusqu'au nom des Silures. Deux cohortes, conduites par des préfets trop avides, pillaient sans précaution: ils les enlevèrent; et, en partageant avec les autres nations, les dépouilles et les prisonniers, il les entraînaient toutes à la révolte »
A Camulodunum, (Colchester) des taxes illégales furent imposées. Elles ajoutaient à l’injustice, la provocation, le mépris des traditions et la négation de la Liberté de conscience, puisque ces sommes servaient à ériger une gigantesque statue de l’empereur Claude.
Les campagnes n'étaient pas épargnées. Habituellement les Romains respectaient assez scrupuleusement les termes des traités, qui définissaient les terres pouvant être colonisées, mais ici, les colons romains s’appropriaient illégalement les terres des Trinovantes et il semble que le gouverneur Ostorius Scapula, qui avait obtenu un triomphe à Rome pour la défaite et la capture de Caracatus, mais homme brutal et irréfléchi, ait lui-même profité de cet accaparement.
Après la mort d’Ostorius, son successeur Paul Suétone ne fit rien pour amender la situation et lança une attaque surprise contre Anglesey, l’île sacrée des druides, espérant sans doute briser l’esprit de résistance des Celtes, en écartant ce foyer de subversion religieuse.
Cependant le conflit entre Rome et le culte druidique dépassait le strict cadre de la domination romaine en Bretagne ou en Gaule. Pratiquant des sacrifices humains, les druides se situaient en dehors de l'univers de tolérance religieuse acceptable dans le monde romain. Ces pratiques avaient déjà été abolies par Rome à Carthage et sous Tibère, le sénat les avaient condamnées et bannies.
Mais alors que seuls les sacrifices humains étaient en cause, sous Claude en 54, c'est toute la religion druidique qui était censée être supprimée. Or le druidisme dépassait aussi ses pratiques sanguinaires. Les druides professaient l'immortalité de l'âme, croyance qui encourageait les volontés guerrières et la subversion des deux côtés de la Manche.
Par ailleurs, rapporte Pomponius Mela, " ... Ils ont aussi leur propre forme d'éloquence et leurs maîtres de sagesse, les druides. Ils prétendent connaître la forme et la taille du Monde, les mouvements des cieux et des étoiles et les volontés des dieux. Leur enseignement est dispensé aux nobles de Gaule, et peut durer jusqu'à vingt ans, au cours de réunions secrètes......."
Ainsi la religion druidique, au-delà de la barbarie de certaines pratiques, apportaient aux peuples celtes (Gaulois et Bretons) et plus particulièrement à leurs élites nobles, une connaissance du monde, un encouragement à la guerre et globalement une assise culturelle, propre à troubler la domination romaine.
La suppression de coutumes barbares par une civilisation plus avancée, s'accompagnaitdonc de la tentative de destruction d'un groupe intellectuel qui représentait une menace pour Rome. C'est sous cette perspective que s'éclaire le raid mené par Paul Suétone sur le sanctuaire druidique d'Anglesey en 59, au-cours duquel de nombreux druides et druidesses furent tués.
Domination militaire brutale, taxes superflues et humiliantes, signes ostentatoires de l’occupation, dépossession des terres, volonté d’étouffer la Liberté de culte, et d'imposer par le sang une domination intelelctuelle, la pacification romaine qu’aurait pu faciliter la clémence de Claude envers Caracatus, s’était muée en une oppression qui faisaient fi de peuples envahis, mais encore largement invaincus.
Et ainsi après Caracatus, Boudicca fût la première héroïne britannique de
Paul Suétone surprit revint en catastrophe, jugea Londres indéfendable et abandonna ses habitants, qui tombés aux mains des celtes révoltés furent massacrés tandis que la ville était mise à sac et brûlée.
Lire aussi sur Autour de la Liberté:
Autour de la Manche et de l'Absolutisme
Vindex et la Liberté en Gaule








