dimanche, novembre 22, 2009

Anna Politkovskaïa, Qu'As-Tu Fait Vilaine?



"Qu'ai je fait, vilaine?" C'est la question que posait Anna Politkovskaïa dans un texte retrouvé, après son assassinat, sur son ordinateur en octobre 2006.  Texte qui ouvre l'indispensable recueil publié dans la collection Folio.

Et de répondre: "J'ai seulement écrit ce dont j'ai été moi-même témoin . Rien de plus. Délibérément je ne m'étends pas sur les autres "agréments" du chemin que j'ai choisi. Un empoisonnement. Des arrestations. Des menaces dans des lettres et sur Internet. Des coups de fil anonymes promettant de me tuer.
Je pense que ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est que j'ai la chance de faire mon travail. D'écrire la vie, recevoir tous les jours des visites à la rédaction, car les gens n'ont plus où aller avec leurs malheurs. Les autorités ne veulent rien entendre, car ces malheurs ne cadrent pas avec la conception idéologique du Kremlin.
Et mon journal, Novaïa Gazeta, est pratiquement le seul qui puisse publier de tels témoignages."



Anna Politkovskaïa a très probablement été assassinée en relation avec ses reportages sur la guerre en Tchétchénie. Fort possiblement par des tueurs commandités par le pouvoir Tchétchène de Kadyrov, et peut-être avec l'approbation directe du Kremlin.


Ce petit document publié à titre posthume est la plus implacable description du pouvoir de Poutine, un pouvoir sans scrupules.

"Poutine a construit patiemment cette "verticale du pouvoir" où toute la hiérarchie bureaucratique de haut en bas est nommée  personnellement par lui... La verticale du pouvoir est un système étatique dans lequel on a évincé des postes de direction tout ceux qui pouvaient penser autrement que leurs supérieurs.
L'administration du président Poutine qui de fait gouverne le pays a donné un nom à cet état de choses: NACHI, "Les Nôtres", "Les Nôtres" ce sont ceux qui sont avec nous. Les autres ceux qui ne sont pas avec nous, sont des ennemis..... en règle générale, les ennemis sont présentés comme des gens "vendus à l'Occident": hommes politiques d'orientation libérale, défenseurs des droits de l'homme, "mauvais" démocrates (l'image d'un bon démocrate est celle de Poutine)......"


Poutine et Kadyrov

"Qu-ai je fait, vilaine?", la petite introduction posthume au recueil d'articles contient la première partie de la réponse à la question désormais rougie de son sang.

On ne peut combattre un système que l'on ne comprend pas.
Or nombre de Russes dans la société civile, ainsi que la plupart des diplomates et politiciens Occidentaux ne le saisisse pas.
La verticalité  étatique mise en place par Poutine est un système autoritaire violent, qui sous le couvert du terme démocratie souveraine, du nationalisme englobant des Nachi, exclut, proscrit tout ceux qui pensent autrement et qui pourraient mettre en péril le système mafieux.

Anna Politkovskaïa n'était pas une Nachi. Et en les caractérisant clairement, elle les dévoilait et s'exposait à son tour, compte-tenu du métier de journaliste libre qu'elle exerçait avec la même rigueur.

L'autre partie de la réponse à la question "Qu'ai-je fait, vilaine?" ce sont précisément les enquêtes, les reportages, les interviews menées en Tchétchénie et en Ingouchie qui forment une grande partie du livre.

Ces articles ne sont pas des textes politiques comme l'introduction posthume. Ce sont des fragments de vie et donc de vérité, celle de la guerre, de la peur, de la misère humaine, patiemment collectés dans l'immense tragédie Tchétchène.

Ces fragments accolés valent tous les discours. En  témoignant et en questionnant sans relâche, Anna Politkovskaïa cernait les Nachi, Russes et Tchétchènes dans les rets de la vérité.


"Le Mystère de la liquidation de Maskhadov" par exemple,  est un papier qui questionne la disparition du dernier président indépendantiste Tchétchène (ci-contre).

"Le Président russe a disparu de la liste des témoins", retrace comment le nom de Poutine a subitement  disparu de la liste des personnes que devaient interroger la commission d'enquête du parlement Russe sur la tragédie de la prise d'otage de Beslan.




"Que se passe-t-il en Ingouchie?" s'interroge sur la fraude électorale en faveur de Poutine, dans cette petite république, frontalière de la Tchétchénie et associée à la Fédération de Russie.




Mais derrière ces enquêtes, les textes d'Anna Politkovskaïa frappent par leur humanité. Une foule bigarrée parle et vit ou plutôt survit.

Dans "Récépissé pour meurtres", elle relate le massacre en 2000, de la bourgade de Novyie Aldy.

Après avoir tué nombre des habitants et pillé la bourgade, une unité Russe délivre aux survivants, si étrange que cela puisse paraître, un incroyable récépissé  afin de les prémunir au cas où surgiraient de nouveaux soudards.

" Camarades! Ne touchez pas à ces habitants. ici est passée la 6e compagnie de soldats motocyclistes du 245e régiment. signé le commandant de la compagnie."

Les familles gardèrent le document pour le jour où aurait lieu une véritable enquête, qui ne se produisit que sous la plume d'Anna Politkovskaïa.
Les soldats n'avaient pas seulement tués dans tous les sens les habitants qu'ils croisaient, Anna Politkovskaïa a aussi rencontré une paysanne dont les moutons et le chats ont été mitraillés et éventrés sans raison aucune.
La paysanne est restée marquée par les cris terribles des animaux. Elle interroge Anna, d'une question où le dérisoire ne cède qu'au tragique,

"Dites y a-t-il vraiment une possibilité de les punir pour traitement cruels sur animaux. c'est peut-être sur cela qu'il faudra mettre l'accent au parquet?"

L'article "Un Parapluie pour recueillir les gouttes" raconte le destin bouleversant de Milana Magomed, moitié Russe, moitié Tchétchène, dans un conflit sans pitié pour les sangs mêlés.
"Pour ceux-là, c'est difficile partout, il leur fallait prouver." raconte sa mère.

Pour "prouver" Milana s'est mariée à un intégriste islamiste Ingouche. Lorsque celui-ci, qui combattait avec des terroristes, est tué dans un accrochage, Milana est revenue vivre avec sa mère et son bébé.

Mais le FSB russe l'a arrêtée parce que toutes les femmes d'anciens islamistes pouvaient être des kamikazes potentielles et elle a disparu.
Sa mère l'a attendue, "Au début je laissais les portes ouvertes, j'étais sure qu'elle reviendrait. je pensais, je en sais pas pourquoi, que ce serait à l'aube... je la voyais en rêve: elle arrivait, vérifiait que ces enfants étaient là et repartait. mais depuis six mois, je en rêve plus d'elle...."

Il y a dans ces récits de misères et de soldatesques, la plume des grands écrivains russes. J'y ai  retrouvé un peu d'Issac Babel de "Cavalerie Rouge" et Soljenytsine et Vassili Grossman.

Mais là ou Babel peignait la vie au jour le jour des soldats rouges et leurs petits crimes de guerre sur le front Polonais en 1920, en gardant l'illusion de l'espoir révolutionnaire, Anna Politkovaskaïa raconte les victimes des soudards cyniques qui défendent le pouvoir des "Nôtres".

Lorsque Soljenytsine et Grossman écrivaient dans le calme trompeur de la déstalinisation, la journaliste nous parle de la Russie d'aujourd'hui, une société moderne et barbare,  plus ouverte que la Russie de Staline, Kroutchev et Brejnev, mais pourtant autoritaire et confisquée.

C'est l'autre aspect de ce recueil décidément si riche.
Une société autoritaire, pas tout à fait une dictature et plus une démocratie peut-elle coexister avec la guerre sauvage que ses propres troupes mènent dans les provinces rebelles, sans être contaminée elle-même?

 Il y a  à ce sujet un reportage lumineux intitulé "Un sadisme ordinaire", raconté par un vieil homme qui déterre les cadavres de ces neveux au fond d'une fosse.

Les fosses sont des pratiques courantes. Dans les deux camps on y laisse pourrir les prisonniers. En échange d'une rançon ou en attente de leur mort.

L'armée Russe a donc les mêmes pratiques que les terroristes qu'elle prétend combattre. Mais prévient Anna Politkovskaïa,
"Nos citoyens semblent avoir oublié qu'une corde a deux bouts. si l'on permet à l'armée de revenir à des pratiques médiévales, les Tchétchènes ne seront pas les seuls à pourrir dans les trous et on utilisera aussi les fosses pour mieux "éduquer" la nouvelle génération de soldats."

Et en effet, elle raconte la terrible histoire du soldat Youri Koriaguine. coupable d'avoir oublié de saluer un officier, il passera vingt jours dans une fosse avec une dizaine d'autres soldats.



La leçon est simple, les mœurs de l'armée et de la police en Tchétchénie contamineront le reste de la Russie.
Sans soute les sociétés autoritaires comme celle de Poutine ne pourront maintenir l'illusion de la démocratie, même si la plupart des médias sont aux ordres.
Fardée sous le terme de "démocratie souveraine", la Russie de Poutine est une société de la Peur. Il n'y a pas d'État de droit dans ses provinces ou sur ses frontières et on y tue les journalistes indépendants et les défenseurs des droits de l'homme.

Hier aussi le totalitarisme soviétique se prétendait "démocratie populaire", et ce sont  précisément les dissidents Russes, tels Sakharov, Elena Bonner ou Shtaransky qui nous ont rappelé que quelque soient les termes, une société vit dans la Liberté ou sous la Peur. Il y a des degrés à l'une comme à l'autre, mais aussi une séparation irréductible.

Pour l'avoir compris et dit, en mettant en cause directement les présidents russes et tchétchènes, Anna Politkovskaïa a été tuée. La verticalité du pouvoir des Nachi continue.

Anna Politkovskaïa passait les frontières intérieures de la Fédération de Russie, allant  et venant de la Russie autoritaire à la Tchétchénie martyrisée. Et aux Moscovites tranquilles qui se croient séparer de Grozny par un gouffre immense, elle indiquait les passerelles qui fonctionnent dans les deux sens.

Sans doute penserez-vous en lisant ce recueil, de surcroit ses assassins nous ont enlevé une grande écrivain.


samedi, novembre 21, 2009

Quand le Hezbollah Expulse Anne Frank des Ecoles Libanaises.....



Il y a quelques jours la télévision du Hezbollah, Al-Manar a mené et gagné une campagne contre la distribution aux élèves Libanais d'une école bilingue arabo-anglaise d'un manuel scolaire qui contenait des extraits du Journal d'Anne Frank.

Al-Manar a dénoncé une violation de la loi Libanaise, qui interdit l'importation de biens et produits israéliens, bien que le livre ait été diffusé au Liban depuis plusieurs années à la fois en Anglais et en Arabe.


 Selon Al-Manar,  le livre serait,  "centré sur la persécution des Juifs pendant la guerre, et plus dangereux encore utilise une méthode théâtrale et dramatique pour présenter le Journal d'Anne Frank d'une façon émotionelle."
  "Cet acte est définitivement répréhensible selon le code pénal et les importateurs de ce livre seront certainement poursuivis....Ce livre tente de normaliser les relations avec Israël. le Ministère d ela Justice doit immédiatement prendre des mesures" a ajouté Naeem Qal'ani, l'avocat du Comité pour le Boycott des Biens Sionistes, une organisation soutenue par le Hezbollah

Quelques jours plus tard l'école vient de retirer le livre de son programme scolaire, malgré lers protestations de plusieurs journalistes Libanais.
Omar Nashabe rédacteur du journal Al-Akhbar a essayé de réfuter les accusations du Hezbollah,


"La loi qui interdit les produits Israéliens, parle de l'Etat d'Israël, le drapeau Israélien, les institutions Israéliennes, l'entité Israélienne en tant que nation, mais Anne Frank n'est pas Israélienne elle fait partie de la littérature mondiale"

On sera gré à Omar Nashabe d'avoir tenté de défendre l'enseignement du Journal d'Anne Frank, même si ses arguments bien défensifs et sa condamnation de la nation Israélienne sont assez lamentables.

Ayant depuis peu rejoint le gouvernement, le Hezbollah n'est pas dans la négation directe de la Shoah, à la façon de son maître Ahmadinedjad.
Mais ce n'est qu'un autre versant du même abime de mensonges. L'interdiction de l'enseignement du Journal d'Anne Frank, n'est qu'un élément de la négation d'Israël, qui est l'objectif réel des mensonges négationnistes du petit führer de Téhéran.

Le gouvernement de Saad Hariri devra boire jusqu'à la lie la coupe que lui tende les nouveaux ministres du Hezbollah.


Une histoire pour ponctuer cet épisode,

 On sait que c'est Viktor Kugler, le gérant des entreprises d'Otto Frank, le père d'Anne,  qui a organisé au 2eme étage de ses entrepôts, la cachette où Anne Frank, sa famille et une autre famille juive ont réussi à se cacher pendant 2ans et demi, jusqu'à leur dénonciation en 1944.


Viktor Kugler, désigné par Anne sous le pseudonyme de Mr Kraler dans son journal, survécut à la déportation dans des camps de travail.
Soutenu par sa foi luthérienne, il se procurait même de faux bons de nourriture, pour ses codétenus affaiblis et finit par s'évader du camp.

Après guerre Kugler s'est établi au Canada et ne parle guerre d'Anne Frank, jusqu' à ce que la parution du journal en 11957 ne le fasse sortir de son anonymat et que son héroïsme soit reconnu à Yad Vashem.
Les années passant Kugler est atteint de la maladie d'Alzheimer et sera aidé par la communauté juive de Toronto.
Peu avant sa mort, un Kugler en pleine confusion, n'ayant plus toute sa mémoire, résidait chez un de ses amis et tout d'un coup prit l'escalier en direction du 2e étage.

Comme on lui demandait où il se rendait, il répondit:
"Je vais juste voir là l'étage si tout va bien pour eux  la haut!"

Le gêne de la bonté humaine, s'il existe, se manifestait au delà des années et de  la maladie.
Le même gêne dont le Hezbollah ne veut pas dans les écoles Libanaises!






 

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